lundi 6 mai 2019

LE RAT ET LA TORTUE



LE RAT ET LA TORTUE












C'était un jour, au temps longtemps. Les îles étaient inhabitées. Elles n'étaient fréquentées que par les oiseaux qui venaient par les airs et les tortues qui venaient par les eaux.

Il y avait bien aussi les tortues terrestres, mais celles-là, elles étaient venues on ne savait d'où, on ne sait comment, on ne sait quand.

Arrive un rat. personne n'a pu me dire comment il arriva. Peut-être s'était-il accroché à l'un de ces grands troncs d'arbres qui dérivent dans l'océan, venant de Madagascar ou bien d'ailleurs. Ils finissent par s'échouer sur un rivage, dans les rochers ou sur la plage.

Un rat, donc, survint ... C'était au temps longtemps, au temps où les rats n'avaient pas de queue : C'était comme cela, que voulez-vous ? Les rats n'avaient pas de queue.
C'est drôle, un rat sans queue, non ? Celui-là n'en avait pas.



Imaginons donc : La mer rejette un grand tronc d'arbre sur un rocher, un rocher pas bien gros, perdu, tout seul au-milieu des flots. Je crois ... Il est possible que ce soit sur Brisard, l'écueil qui se trouve juste au nord-ouest de Mahé, tout près de Victoria.

Vous pouvez imaginer si le rat était heureux, après tant de jours à la dérive, balloté par les flots ... Il en avait le mal de mer et le coeur lui remontait au bord des lèvres ! Il met pied à terre, ( je devrais plutôt écrire "il met pattes à terre" ). Tout aussitôt, il monte en haut du rocher, juste à temps pour éviter d'être repris par une vague plus grosse que les autres : Il avait bien failli se faire mouiller les fesses! (Pas la queue, vous vous souvenez pourquoi ! ).

Bon, le voilà en haut, à guère plus d'un mètre au-dessus des flots, à vrai dire.  








-"Très beau, tout ceci, mais il faut partir de là, et vite ! D'abord parce que je ne sais pas si la mer monte ou descend. Est-ce que ce rocher est noyé à marée haute ? Et puis, de toute façon, j'ai faim ! Il faut que je trouve à manger : ici, il n'y a rien !"

La côte n'était pas très éloignée. Notre rat voyait très bien la pointe Conan et la pointe du Nord. Il y avait là-bas beaucoup de cocotiers. C'est bon, les noix de coco ! Le rat sait très bien grimper le long d'un tronc, aussi long et aussi haut soit-il. Quand il a trouvé une grappe de noix, il choisit la plus belle. Il la ronge, il la creuse jusqu'à ce qu'il trouve l'amande, si tendre sous la dent !

Oui, mais voilà : comment aller jusqu'à la côte ? Notre rat ne sait pas nager.

-" Les oiseaux pourraient bien me transporter Il y a beaucoup d'oiseaux : Des sternes, des fous, des frégates noires mais ... Allez donc faire confiance à un oiseau ! Ils pourraient bien me laisser choir ! Et puis ... Qui sait si les oiseaux ne mangent pas les rats ?"

Le rongeur ne demande donc rien aux oiseaux, mais il a de plus en plus faim et ...

-"Hou là là ! Ayo ! je crois bien que la marée commence à monter !"

-"Un poisson pourrait bien me prendre sur son dos. Justement, il y a plein de poissons : des bécunes, des bourgeois, des carangues et des tazars ... Mais allez donc faire confiance à un poisson : Il pourrait bien me noyer en route ! Et puis, il y a peut-être bien des poissons qui mangent les rats !"

Le rongeur ne demanda donc rien aux poissons. Mais il avait de plus en plus faim ! Et puis ...

-"Hou là là ! Ayo ! C'est certain, la marée monte! "

Et tous ces cocotiers là-bas, dans l'île voisine ! Mais voilà, c'était un rat sans queue, un rat qui ne savait pas nager !






Arrive une tortue, une grosse tortue de mer. C'est placide, une tortue, c'est calme, c'est gentil ..;

-" Eh ! Tortue ! Ma chère tortue ! Tu veux bien me prendre sur ton dos ?"

La tortue accepte;

-"Mais ... Tu me promets que tu ne plongeras pas ? "

-"Allez, monte. Je te promets que je te débarquerai sain et sauf."

.... Et la mer qui a monté ! Elle atteint presque, déjà, le sommet du rocher.

-"Grimpe vite, ou tu vas te noyer ! "



Le rat monte sur la carapace de la tortue et, la tortue, en nageant, se dirige tout droit vers la pointe Conan. Mais une tortue qui nage, ça bouge, ça gigote ! Sur l'écaille, le rat n'arrive pas à accrocher ses griffes.Ses ongles dérapent. Il glisse! Il va tomber dans l'eau !

Non : Il s'est avancé jusqu'au cou de la tortue et il a planté ses griffes dans la peau. 

-"Tu me fais mal ! "

-"Ne plonge pas ! Tu l'as promis ! "

La tortue ne plonge pas, mais elle souffre.Ce sont ses griffes et ses dents que le rat lui a enfoncés dans la peau du cou ! Elle nage, elle nage le plus vite possible ... Enfin, tout essoufflée, elle arrive à la plage. Le rat a déjà sauté à terre. Sans prendre seulement le temps de dire merci. Il court vers les cocotiers, de toute la vitesse de ses quatre pattes. Diable ! C'est qu'il a grand faim !


Mais à ce moment-là, la tortue s'aperçoit que le rat ne s'est pas contenté de mordre et de griffer ... Cela, elle peut le comprendre, puisque le rat avait si peur de tomber à la mer ! Mais ce qu'elle ne supporte pas ... Ce qu'elle ne peut pas supporter ... Ah! Non ! Elle ne le peut pas !
... C'est qu'il a fait ses crottes, là, dans son cou !

-"Bandit sans respect ! Ignoble cochon ! Sale individu ! "

La tortue coupe une branche bien droite, en fait un javelot ... et le lance très fort en direction du rat qui grimpait déjà le long du tronc d'un cocotier. Le javelot se plante entre les deux fesses du rat :

-" Ayo !"







Et c'est depuis ce temps-là que les rats ont une queue. mais c'est aussi depuis ce temps-là que les tortues ont la peau du cou toute plissée, ridée ... Comme si elle était couverte de cicatrices ! Elles ont aussi la peau granuleuse ... Des petits granulés noirs ... Comme des crottes de rat !

Et puis, si vous ne me croyez pas ... Demandez donc à ma grand'mère, Léonie Lajoie, qui habite à "Ma Confiance" ... Vous verrez, elle confirmera tout. Elle vous dira que mon histoire est vraie. Et ma grand'mère Léonie Lajoie, vous savez, elle sait tout !


LES ROUSSETTES ....


     


En ce temps-là .... C'était quand ? C'était quand ?

-"C'était bien avant l'arrivée des grands bateaux."

C'était où ? C'était où ?

-" Eh bien, c'était aux îles Seychelles, pardi !"

En ce temps-là, les roussettes étaient comme les rats : Elles trottaient et elles couraient sur le sol, et puis elles grimpaient dans les cocotiers et aussi dans les manguiers.

-"Mais, des roussettes, qu'est-ce que c'est ? "

-"Tu les entends la nuit. Tu les entends couiner, grogner, grincer comme des charnières rouillées. Elles sont dans les manguiers, dans les cocotiers, dans les pappayers. Elles mangent des fruits, elles mangent des fleurs. Au petit matin, elles repartent dans la montagne et leurs ailes lourdes sont noires contre le ciel blanc. 

En ce temps-là, donc, les roussettes n'avaient pas d'ailes. Elles couraient sur leurs pieds, de toute la vitesse de leur petites pattes.On pouvait les voir filer entre les buissons, entre les arbres. Mais personne ne les voyait parce que ... Dans les ^lesn il n'y avait personne ! C'était bien avant l'arrivée des grands bateaux. Il n'y avait que les crocodiles, il n'y avait que les tortues pour voir courir les roussettes à la nuit tombée.







La roussette, au fond, ressemblait à un petit chien, à un petit renard. Elle avait les yeux vifs et les oreilles dressées. Elle avait le poil roux, marqué de noir. Tout comme maintenant. Seulement, elle n'avait pas d'ailes et elle courait.

-"On l'appelle roussette. On l'appelle chauve-souris."

Mais à cette époque, en ce temps-là, je ne sais pas comment on la nommait. D'ailleurs, qui l'aurait nommée ? Il n'y avait personne dans les îles ... que des crocodiles, des tortues et des paille-en-queue. La roussette, elle, dormait tout le jour, la tête en bas, pendue en haut d'un albizzia. 

-" il y avait des albizzias ? "

-" À vrai dire, je ne suis pas sûr qu'il y en avait. Mais les chauves-souris dormaient toute la journée, tout en haut des arbres les plus hauts, sur les sommets des montagnes. Le soir, elles se laissaient glisser jusqu'à terre. Elles grimpaient dans les arbres fruitiers. Elles se goinfraient de de fleurs, elles se goinfraient de fruits, comme aujourd'hui, en poussant des petits cris de plaisir ! "

-"Tu les a vues, les chauves-souris ? Leurs ailes sont des membranes tendues entre leurs doigts. Le jour, comme je l'ai dit, elles sont pendues la tête en bas, accrochées aux branches par les pattes de derrière. Elles s'enveloppent dans leurs ailes noires et se cachent les yeux pour dormir. Elles ne sortent qu'à la nuit.

Mais comme, en ce temps-là, les roussettes n'avaient pas d'ailes ... elles ne volaient pas, c'est évident ! Une nuit, elles se sont aperçues avec affolement qu'elles avaient tout mangé ! Dans les branches, il n'y avait plus un fruit, plus aucun ! Plus une mangue, plus une papaye jaune, plus une papaye rouge, ni un seul avocat ! Il n'y avait même plus une fleur dans les cocotiers !







Le problème était grave : Qu'allait-on manger ? Je crois bien que le jour suivant personne n'a dormi !On s'est rassemblé dans une clairière, à Sans-Souci. On en avait pourtant, des soucis ! Comment faire, et qu'allait-on manger en attendant la prochaine saison des fleurs, la prochaine saison des fruits ? L'assemblée se mit à délibérer.

On voulait bien essayer de manger des racines, des feuilles, des vers, des sauterelles ... Mais ce n'était pas là des nourritures pour des chauves-souris ! On a parlé longtemps, longtemps ... Et puis le soir est arrivé. On n'avait toujours rien trouvé ! Dans les branches on entendait pleurer les bébés roussettes, tant ils avaient faim !

Un jeune mâle n'avait rien dit. C'était un jeune de l'année précédente, aux idées modernes et audacieuses. Il était beau, il était fort et il avait beaucoup d'imagination. Pendant que les autres discouraient, il réfléchissait :

-"Le soir arrive. Le soleil descend, tout au fond, sur l'océan. Il va se coucher derrière l'île voisine dont les arêtes se parent de jaune et de rouge tandis que la montagne devient noire. Et c'est pour cela qu'on l'appelle l'île Silhouette. Dans cette île, il doit bien y avoir des fleurs. Il doit bien y avoir des fruits ... Oui, mais voilà : Comment y aller, dans cette île ?

Cet adolescent était sportif et sûr de lui. Sans rien dire à personne, il est descendu jusqu'à la plage. Il a coupé une feuille de bananier;

-" il faut que j'arrive jusqu'à l'île voisine ! "

Dans la feuille de bananier il s'est taillé des ailes. Il es a fixées entre ses doigts, il les a collées tout au long de ses bras, et puis ... Il s'est envolé ! Il a volé toute la nuit, en battant des ailes d'un vol lourd, comme les roussettes le font encore aujourd'hui. Mais quand l'aurore est arrivée, il était encore très loin de l'île dans laquelle il voulait se rendre, très loin et perdu au-dessus de l'océan. L'aube était déjà dépassée : Le ciel était tout embrasé. Comment faire ? Les chauves-souris ne volent pas pendant le jour, elles ne sortent que pendant la nuit !







Alors, notre roussette est descendue jusqu'à la surface de la mer, qui était bien calme, sans vagues et sans rides. Elle s'est couchée sur le dos, faisant "la planche", comme on dit. Elle a replié ses ailes à demi. Une bise légère les a gonflées. La roussette a navigué comme un voilier, en s'abritant les yeux pour ne pas être aveuglée par la lumière du soleil. Elle est allée jusqu'à l'île Silhouette, celle que l'on voit si bien de la plage de Beauvallon, souvent couronnée de brume le matin et noire au crépuscule, à contre-jour sur fond de nages rouge-orangé.







À Silhouette, il y avait une multitude de fleurs et de fruits. Aucune chauve-souris n'était encore allée jusque là. Le lendemain, notre roussette est retournée chercher toutes ses amies. C'est depuis ce temps-là que les roussettes ont des aies. On les voit tourner dans le ciel, un peu avant la tombée de la nuit. Elles reprennent leur vol un peu avant le lever du soleil.

Mais on dit ... On dit que, parfois, des pêcheurs dans leurs barques aperçoivent un plein jour les chauves-souris sur l'océan, quand il est bien lisse. Elles se laisseraient pousser par la brise, en repliant légèrement leurs ailes pour se protéger les yeux. Elles se rendraient à Silhouette, comme de petits bateaux à voiles.

Certains les auraient entendues, bien loin au large ... Ils racontent qu'elles couinaient, qu'elles grinçaient .... comme de vieilles charnières rouillées !


samedi 4 mai 2019

QU'ON ME PERMETTE DE RÊVER UN PEU



 RÊVER UN PEU :











Maldives, Laquedives, Ceylan, Madagascar, l'Île de France, Bourbon, Rodrigues et les Seychelles ...

Mahé, Praslin, Frégate, Cousin, Cousine, Silhouette, Denis, Curieuse, Félicité, La Digue, Moyenne, Sainte Anne, L'Île du Nord, Thérèse, lÎle Longue, l'Île Ronde, Conception, l'Île aux Cerfs, L'Île Aride et l'Île Anonyme ...


L'Île Anonyme ... Quel beau nom ! On aimerait savoir ... savoir qui a bien pu l'inventer !



Mais les archipels de corail ... Les Amirantes, les Farquhar, Aldabra !

Les Amirantes ... Poivre, Boudeuse, Étoile, Desneuf, Marie-Louise
Et les Bancs Africains, Rémires, Daros et Desroches ...


Farquhar ... Autrefois dénommée Juan de Nova.
Aldabra ... Aldabra-la-verte, Aldabra
L'Île aux cent cinquante mille tortues dormant sous les takamakas et les mapés ... Aldabra et son lagon : 
Le plus vaste lagon du monde, d'où émergent 
de minuscules îlots qui ont pour noms
Esprit, Cèdre, Michel et Moustique ...




Et pourquoi ne pas nommer l'Île Cachée, Chauve-Souris, Mamelles et Rat ?
Pourquoi ne pas nommer Albatros,Ave-Maria
l'Île-aux- fous
Petite-Soeur
Saint Pierre et Mariane ?

Je veux nommer encore Coconut, Polymnée, Astove, Cosmoledo, Pagoda, Goëlette, Wizard et Providence ...
Et puis Les îles Alphonse,
Bijoutier, Saint François et les îles Poivre : Boudeuse, Desroches, Marie-Louise.
Ah ! l'Île-aux-Chiens, Benjamin, Carcassaye, Fouquet, Pélican, Ressource et Saint Joseph !




J'aurais voulu les découvrir
Être le premier à les apercevoir ... 
J'aurais voulu les nommer et nommer aussi
La Baie des Cipayes,
La baie Saint Ange,
l'Anse à la Mouche,
l'Anse Bois de rose, l'Anse Boileau,
l'Anse Grand'Barbe et l'Anse Patate et l'Anse Sévère, l'Anse Royale,
Grand'Anse et aussi la plage de Beau Vallon et celle de l'Anse Police,
La Pointe Gaulette,
La Pointe Source d'Argent,
La Pointe Cabris
Et la passe Cousin
La passe à Mathiot,
La passe l'Endormi ...
Ah ! Quatre-Bornes et Sans-Soucis, Montfleuri et ... 






Ah! Ces gens qui portent des noms fleurant bon les aventures des Poitevins, des Bretons et des Normands !
Pillay, Francourt, Hoareau, de Saint-Jorre, Confait, Vidot (prononcé Vidot', comme en Charente !)

LA POÉSIE RÊVAIT AUX SEYCHELLES. C'EST VRAI : JE L'Y AI RENCONTRÉE. VOUS NE POUVEZ LA MANQUER ... ELLE A LE PARFUM DE LA CANNELLE ET DE LA GIROFFLE ...

LA BOUTEILLE DE JEAN-BAPTISTE




LA BOUTEILLE DE JEAN-BAPTISTE















C'est une histoire que ma grand'mère me raconte, le soir; lorsque le soleil se couche derrière l'île Silhouette et que nous sommes assis sur le sable blanc. La mer est douce comme du lait. Le vent sent la cannelle et la girofle.

Je ne sais pas où, je ne sais pas dans quel pays se passe cette histoire : C'est peut-être ici, c'est peut-être ailleurs ...

Il était une fois ... Toutes les histoires commencent ainsi, n'est-ce pas ?
Il était une fois un petit garçon qui s'appelait Jean-Baptiste. Il était très brun et il avait dix ans. Il avait de beaux yeux, surprenants car ils étaient tout bleus. Il avait de longues jambes, quand il marchait, on eût dit qu'il dansait.



Depuis longtemps, Jean-Baptiste n'avait plus de maman. Il est plus triste encore d'apprendre que le papa de Jean-Baptiste est mort ce matin. Pour tout héritage, Jean-Baptiste a trouvé une bouteille, une grosse bouteille en verre.

-" Que voulez-vous qu'il en fasse ? "

Que peut-on bien faire avec une grosse bouteille en verre ? Jean-Baptiste la regarde. Elle est bizarre cette bouteille : Son goulot n'a pas de trou. Pas de trou, pas de bouchon ! Tu peux la tourner et la retourner, elle est fermée de partout !

- " Que veux-tu faire avec une bouteille qui n'a pas de trou ? "

- " Tu ne peux ni la remplir, ni la vider ! "

-" Mon garçon, cette bouteille est un trésor ", avait dit papa avant sa mort.

- " Elle est ronde. Elle est verte. Elle est vert et bleu "...

- " Elle est verte, ou elle est bleue" ?

- " Elle est vert et bleu, comme l'océan. "

Elle est grosse, cette bouteille : De ses deux bras tendus, Jean-Baptiste en fait tout juste le tour, tout juste !








-" C'est un trésor, a dit papa, ne l'abandonne jamais. Prends bien garde à ne pas la casser : c'est fragile, c'est du verre ! Où que tu sois, si tu regardes bien, tu verras dans la bouteille un poisson chinois "

- "Un poisson chinois ? "

_ " Oui, bien vivant ! Il est parfois rouge, parfois bleu, parfois vert ou même couleur d'argent ... "

- " Il change de couleur ? "

- " Il change de forme et il change de couleur. Il a parfois de longues nageoires, parfois il n'en a presque pas. Parfois il a de gros yeux et parfois ils sont tout petits. Tout à l'heure il était tout en longueur, maintenant, le voilà tout rond. Il ressemblait à un papillon, le voilà semblable à une fleur et le voici de toutes les couleurs . 

-" Mais qu'est-ce qui le fait changer de forme et de couleur ?"

-" Si tu regardes un oiseau, si tu le regardes bien, le poisson prend ses couleurs. Il prendra aussi sa forme. Si tu regardes une fleur, si tu la regardes bien, le poisson prendra sa forme, un peu, et ses couleurs aussi. Si tu contemples un ciel plein d'étoiles, si tu le contemples longuement, le poisson sera tout moucheté de blanc. Si la lune brille, il en prendra la forme et il sera tout argenté."

-" Chaque fois que tu regardes quelque chose, le poisson change ? "

- Oui mais attention : Chaque fois que tu passeras à côté de quelque chose sans le regarder, le poisson chinois perdra ses couleurs. Il deviendra de plus en plus gris et de plus en plus petit ! "









-" Mais par où est-il entré dans la bouteille, le poisson chinois ? Par où est-il entré, puisque le goulot est complètement bouché ? "

-" Cela, c'est une autre histoire ! Garde-toi bien de te montrer trop curieux à ce sujet ! "

Jean-Baptiste essuie ses larmes. Il prend la bouteille entre ses bras. Il la serre contre son ventre. Il part sur le chemin, tout droit ...



Survient une chenille. Elle rampe sur le bas-côté. 

-" C'est laid, une chenille ! "

Justement, celle-là, elle est très belle : Elle est verte, avec de petits points rouges. Elle a de long poils jaunes.

-"Dieu que c'est beau ! "

Jean-Baptiste s'arrête. Il pose la bouteille tout doucement. Il s'assied dans l'herbe. Il regarde longtemps la chenille : Elle étire un fil ... Elle s'enveloppe dans un joli cocon lisse et blanc. Et puis voilà qu'un beau papillon sort du cocon. Il a des ailes comme de la soie, de la soie de Siam. Il est bleu, avec des points rouges. Il a des antennes : On dirait des plumes !

-" Et le poisson chinois ? "

-" Il monte, il descend et il remonte dans la bouteille, du fond jusqu'au goulot et du goulot jusqu'au fond ... Il a des nageoires comme des foulards de soie. Il est tout bleu, avec des pois rouges.

- " Comme le papillon ! "

-" Avant, il était tout allongé, comme la chenille ... Et vert et rouge comme elle ! "


Jean-Baptiste rencontre ensuite un ruisseau, au bord de son chemin. Dans le ruisseau, il y a un petit têtard. Jean-Baptiste a bien failli ne pas le regarder.

-"Un têtard, c'est tout noir et ce n'est pas très beau ..."

Mais Jean-Baptiste regarde dans sa bouteille : le poisson chinois est en train de perdre ses couleurs. Alors, le garçon pose sa bouteille dans l'herbe, bien doucement pour ne pas la briser.

- "J'ai compris ! Le têtard est en train de devenir une grenouille ! "

Justement, une très belle grenouille, rose avec des yeux bleus ... Avouez que ce n'est pas commun, une grenouille rose avec des yeux bleus ! 

Et le poisson chinois devient tout rond et tout rose ...

-" Avec des yeux bleus ! "









Il était temps que jean-Baptiste fasse attention : Le poisson chinois avait commencé à rétrécir. Il était devenu tout petit, tout petit. Il aurait tellement diminué qu'il aurait bien pu disparaître tout à fait si Jean-Baptiste n'avait pas porté attention à ce petit têtard, tout noir et tout vilain ! Ensuite, Jean-Baptiste continue son chemin. Tout à coup , il s'arrête à nouveau.

- "Qu'est-ce qu'il a vu ? "

- " Une graine, une petite graine, toute grise, toute sèche, toute ridée ..."

-" Ce n'est pas très beau, une petite graine toute sèche ..."

-" Non, ce n'est pas très beau." Jean-Baptiste va passer ... Mais dans sa bouteille, le poisson chinois redevient tout petit, tout petit. Le garçon pose sa bouteille, un peu trop vite, même : Elle a failli se heurter aux cailloux du chemin ! Une goutte de pluie tombe, la graine germe, deux feuilles se déplient sur la tige, puis s'ouvrent des fleurs, de toutes les couleurs !

-" Et le poisson chinois ? "

-" Jamais on n'a pu voir un poisson aussi beau : Ses nageoires sont comme des pétales ! Et puis .... Ces couleurs ! "


Plus tard encore, Jean-Baptiste trouve un oeuf. C'est beau, un oeuf ! Le poisson chinois devient tout rond. Il est presque transparent, comme une coquille ..; Et puis voilà que naît le poussin, et le poisson chinois deevient tout jaune. Il change encore lorsque le poussin devient un oiseau ... C'est un paille-en- queue ! Le poisson chinois voit pousser, à la place de sa nageoire caudale, une longue queue, très effilée.

-" J'ai compris ! "



Jean-Baptiste a tout compris : Tout est beau, il suffit de bien regarder ! La chenille devient papillon, le têtard devient grenouille, la graine noire devient bouquet de fleurs, l'oeuf tout rond devient un oiseau ... D'un caillou, on fait un bijou, un morceau de bois devient un joli bateau, un roseau devient un pipeau ou bien un sifflet ...





Quant aux hommes et aux femmes, quant aux garçons et aux filles, il suffit de les regarder aux fond des yeux ... Grands ou petits, bruns ou blonds, habitant ici ou bien ailleurs, leurs prunelles sont toujours merveilleuses !


Jean-Baptiste comprend tout : La bouteille est un trésor, papa l'avait bien dit ! Quand on regarde tout, quand on sait regarder et admirer, sans à priori, tout devient beau ! C'est comme ça que l'on devient un grand poète. C'est aussi comme ça que l'on devient un grand savant ...


Si vous trouvez par hasard la bouteille de Jean-Baptiste ( des fois qu'il l'aurait laissée quelque part ...), ramassez-la. Surtout n'allez pas la casser ! ... Dedans, vous ne trouveriez rien, ni poisson chinois, ni poisson anglais, ni poisson français, ni même un poisson créole ... Rien, rien, rien du tout ! ... Et pourtant !

vendredi 3 mai 2019

LE CARDINAL DE MADACASCAR





LE CARDINAL DE MADAGASCAR





















Le grenadier de mon jardin est en fleurs. Est-il couvert d'oiseaux ou bien est-il couvert de fleurs ? On ne sait pas très bien car l'oiseau Cardinal et la fleur du grenadier sont de la même couleur rouge-ponceau. Le fruit, lui, coeur trop plein d'amour se fend et saigne quand il est bien mûr ...

 Quant à l'oiseau qu'on appelle Cardinal, et qui est effectivement de la même couleur que la calotte d'un prélat ...
                         
      Saviez-vous que le Cardinal est réellement l'oiseau du Christ ?



                




-" Laissez voleter les oiseaux du ciel ... Ils n'ont pas à se préoccuper de leur pitance : Le Bon Dieu y pourvoit ! "

Dans la communauté des oiseaux, il y en a de blancs, il y en a de noirs, il y en a de gris, et même on connaît des oiseaux bleus ! Mais aussi, O merveille, il y en a qui sont versicolores ! ... Cela signifie qu'ils changent de couleur. Tel qui était gris deviendra blanc adulte devenu, tel autre qui était jaune deviendra bleu ! Certains changent de couleurs au fil des saisons. 

Le Cardinal, (on le dit Cardinal de Madagascar ) lui, porte successivement au cours de la même année un vêtement de deuil puis un habit de cérémonie : livrée terne, puis jacquette écarlate. J'entends ici parler du Cardinal mâle, car la femelle conserve blouse grise tout au long de l'année. 



- " Mais que nous chantez-vous là ? "



- " je ne vous dis que la vérité : Il suffit de bien observer ! En novembre, le Cardinal se vêt d'écarlate. Si vous êtes très attentif,vous remarquerez que, pour se parer, le Cardinal attend le lendemain de ... La Fête des Morts " ... Laquelle arrive juste après celle de la Toussaint ... Dame, il ne serait guère convenable d'endosser ses habits de fête avant d'avoir célébré la mémoire des morts !"





                

-" Vous voulez dire que le Cardinal porte le deuil ? "

-" Cela me semble évident. Il garde son plumage triste, gris-brun, jusqu'à la Fête des Morts ! "



Je parlais donc du grenadier de mon jardin : Il a fleuri. Voici venir l'Avent ... Quatre dimanches avant que ne se fassent entendre les carillons de Noël. Le Cardinal est en fête, rutilant comme les fleurs du grenadier !

Noël, c'est la joie. Viendra l'Épiphanie. Saint Nicolas est vêtu de pourpre, les Rois-Mages aussi ! Ce n'est qu'en avril que le Cardinal remettra ses habits de deuil. 
Le Cardinal, c'est l'oiseau du Christ ! ... Souvenez-vous; souvenez-vous ...

" En ce temps-là, Jésus fut cloué sur une croix. Sur un écriteau, on avait écrit : " Voici le Roi des Juifs".
À droite, on avait planté une autre croix de bois. Il y en avait une troisième à gauche. Sur chacune de ces deux autres croix, on avait cloué un voleur. Souvenez-vous : Marie pleurait, à genoux, et Jean, et Marie-Magdeleine. L'un des deux larrons croyait en Dieu :

-" En vérité, je te le dis, tu seras sauvé et tu seras assis à la droite de Dieu, avec les bienheureux ! "



Jésus souffrait. Il appela son père : - " O ! Père, pourquoi m'avez-vous abandonné ? "



Le tonnerre éclate. Les éclairs zèbrent les cieux. La terre tremble. Jésus se meurt ... Jésus est mort.



Au moment où il rend son âme à Dieu, je veux croire qu'apparaît la colombe, messagère de l'Esprit-Saint. Un soldat romain pique Jésus au flanc, de la pointe de sa lance ...

Tout ce que je vous raconte là, nul ne peut le contester, c'est bien vrai : c'est écrit dans les Évangiles. Ce que je vais vous raconter ensuite, peut être ne s'agit-il que d'une belle histoire. Mais, si c'est une belle hstoire, pourquoi est-ce que je ne vous la raconterais pas ?




Cela commence au moment où le soldat romain pique le flanc du Christ. De la plaie, tombent deux gouttes. La première est une goutte d'eau. La seconde est une goutte de sang. Deux larges gouttes ... Une goutte claire, une goutte vermeille ...

Il ne faut pas qu'elles tombent et se perdent sur le sol !

-" Miracle, crie le Bon Larron en rendant le dernier soupir ! "

Avant qu'elles n'aient touché terre, les deux gouttes ont déplié des ailes ! Elles se sont envolées ! Toutes les deux sont devenues des oiseaux du Christ. L'un était rouge, et c'était le mâle, l'autre était gris, et c'était la femelle. Tous les deux sont allés se poser sur la branche d'un grenadier.

Et c'est depuis ce temps-là que le fruit du grenadier, coeur trop plein d'amour, se fend au soleil, et saigne. C'est aussi depuis ce jour-là que les fleurs du grenadier ont les mêmes couleurs que le Cardinal mâle en habit de fête !

                
-" Mais pourquoi appelle-t-on ce petit oiseau le Cardinal ... de Madagascar ? "

-" Ce serait encore une belle histoire ... Faut-il y croire ? Faut-il y croire ?



-"Allez dans le monde entier, et prêchez la Bonne Nouvelle : Jésus est ressuscité ! " dit le Christ à ses apôtres ...



Avant de se poser sur le grenadier, les deux oiseaux se seraient posés sur la main droite de Jean ... d'autres disent que c'est sur la main de Marie-Magdeleine ... Allez donc savoir !





Vous avez entendu parler de Saint François d'Assise ? Au treizième siècle, on disait en Italie qu'il était "le Petit Frère des Pauvres". On dit qu'il était tant aimé de tous que chacun accourait pour le voir et pour l'écouter. On dit même qu'il parlait aux oiseaux, ses " Petits Frères du Ciel " !


Parmi les oiseaux qui venaient l'écouter, il y avait ... Les Cardinaux ! Cela ne fait aucun doute; 

Les douze apôtres ayant parcouru le monde entier, sur la main duquel d'entre eux le Cardinal était-il arrivé en Italie ? Et puis, et puis ... C'était au monde entier qu'il fallait porter la Bonne Nouvelle. Et je crois bien que c'est ... le Cardinal, ce petit oiseau à la livrée versicolore ... Je crois que c'est le cardinal qui, ayant bien écouté le sermon de Saint François d'Assise, partit le premier vers l'Océan Indien pour dire à chacun :

-" Christ est ressuscité ... Aimez-vous les uns les autres ... "



Jetez du riz, petits enfants, jetez du riz. Les Cardinaux viendront le picorer. Qu'ils soient rouges, qu'ils soient gris ... Jetez du riz pour les oiseaux du Christ !