lundi 26 janvier 2015

LE PIANO SUR LA PLAGE






















Plage
Plage longue
Éblouie de lumière
Un piano ...


Il avait abattu ses voiles et son mât


Longue longue longue plage
Sable clair
Un ruban rouge mince
de goémons mouillés
Galbe de l’épaule
Ou du creux des reins
Et le piano ...


La mer froissait ses coupons de soie


Langue d’océan douce douce
Pas un rocher
Chevelures des vagues bouclées





















Et le piano
Le piano chanta sur la plage
Le piano chanta
Les mouettes rieuses
rieuses rieuses
Les oiseaux fusaient
En gerbes
En bouquets
Claquements d’étendards


Murmures sur le sable
Chansons des flots


Ricochets
Reflets de jades opales
améthystes et saphirs


Jubilation du piano sur la plage
Plage longue longue douce
Courbe de l’épaule et du creux des reins
La mer froissait ses coupons de soie














Bécasseaux
guirlandes mouvantes
farandoles de joie


Et le piano ...
D’où venu ?


... Je l’ai vu se poser sur le sable
C’était l’aurore
Il repliait ses ailes ...

dimanche 25 janvier 2015

LA MARIE-JEANNE À LA DÉRIVE ...


La Marie-Jeanne à la dérive

             dans l'océan Indien



                    DERNIER CHAPITRE




  Rappelons-nous que la Marie- Jeanne n'avait ni mât ni voiles et que son moteur était en panne ... Depuis deux mois et demie !










Antoine et Selby sont à bord du "Montallegro" ... Antoine et Selby sont sauvés ... L'ordre est donné d'abandonner la Marie-Jeanne ... On se trouve à ce moment au sud de l'équateur ... Par 6°45 de longitude et 45°05 de latitude est. Le navire pétrolier remet en route. Antoine et Selby sont sauvés sans doute ... Mais ils sont si amaigris, ces deux adolescents que le hasard vient de confier à l'équipage du "Montallegro" ! ... On dirait de véritables squelettes ! ... Est-il possible d'être exténué à ce point ? ... Antoine, qui pesait cent cinquante neuf livres en partant des Seychelles n'en pèse plus que ... soixante six !

On prodigue aux deux rescapés tous les soins possibles ... Le Capitaine, Carlo Girola, câble la nouvelle aux Seychelles :
_" La Marie-Jeanne est retrouvée, avec deux survivants à son bord, Selby Corgat et Antoine Vidot ..." 
En moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, la nouvelle fait, à Mahé, le tour de l'île. Elle fait sensation ! _ Qui eut cru que l'on pouvait survivre en mer pendant deux mois et demi sans vivres ? ... On attend la fin de l'odyssée. 


_ LIII _



Mais revenons à bord du " Montallegro", revenons auprès des rescapés et de ceux qui en prennent soin ... Le Capitaine Girola câble à un médecin-spécialiste de Rome ... Il obtient des indications sur la manière de secourir les deux jeunes-gens : "Au début, ne leur donner qu'un peu de soupe ... Leur faire des injections de caféine ... Les laisser dormir". 

Antoine et Selby dorment en effet ... Ils dorment presque tout le temps ... Pourtant, dans un intervalle de réveil, Antoine se souvient qu'ils ont laissé sur la Marie-Jeanne le corps de Monsieur Corgat ... Il en parle avec Selby ... 

_"Trop tard "! leur répond le capitaine Girola: On ne peut plus revenir en arrière ... Le pétrolier se dirige vers Koweït, au fond du Golfe Persique. 

Et voila pourquoi le capitaine Archibald, du "Harold Sleigh", venant à croiser la "Marie-Jeanne" à son tour découvre un cadavre, des vivres, des vêtements, treize livres sterling en billets des Seychelles ... Il fait jeter le corps à la mer et prend la "Marie-Jeanne" en remorque vers Bahreïn ... Lorsqu'il câble à Londres pour faire part de sa découverte, on est bien près d'imaginer un crime, un drame sanglant ... Allez donc savoir !... Elle en a gardé secrets, des crimes et des drames, la mer !




_ LIV _




La Marie-Jeanne, après soixante quinze jours d'errance sur l'océan, en remorque derrière le pétrolier "Harold Sleigh", vogue vers Bahreïn ... Antoine Vidot et Selby Corgat sont sur le "Montallegro", en route vers Koweït ... La situation, très vite, est devenue plus claire ...

En dix jours, Antoine et Selby sont à Koweït ... Ils sont accueillis dans un hôpital ... Médecins et personnels hospitaliers mettent en oeuvre tous leurs soins pour leur faire retrouver leurs forces perdues ... Ils en font à nouveau les solides gaillards qu'ils étaient ... Quinze jours après, ils montent dans un avion et s'envolent vers Bombay ... De là, ils regagnent les Seychelles par le navire le "Kampala". Nous sommes le quatorze mai ... Ils ont été absents de leur pays pendant trois mois et demi...




_ LV _




Cloches des églises, sonnez ... Que tout le monde se réjouisse et prie ... Que tout le monde prie pour ceux qui ne sont pas revenus ... Que tout le monde, pieusement, prie pour ceux qui ne reviendront plus ... Que chacun cependant remercie le Seigneur de nous avoir rendu Selby et Antoine ... Que, dans les paroisses et dans les familles, chacun se recueille et, malgré tout, se réjouisse de voir revenir deux enfants ...




Je vous ai conté, du mieux que je l'ai pu, avec les faibles moyens qui sont les miens ... Mais ce sont ceux que Dieu m'a donnés ... Je vous ai conté l'horrible histoire de la "Marie-Jeanne", qui se perdit sur l'océan, le vaste Océan Indien ... D'autres, bien d'autres navires se sont perdus, en cet océan ou sur les autres ... De certains on n'a jamais rien su ... On a su seulement que rien ni personne n'était revenu ... Des bateaux, bien des bateaux, gros ou petits ont disparu corps et biens et de ceux-là nul ne saura jamais rien. Il s'en perdra encore, des bateaux, pour des causes qui resteront à jamais ignorées ... Faut-il en référer au destin, à la malchance, à la Providence ... Aux Seychelles, pays où la foi est grande et intense, aucun doute : On parlera de la main de Dieu ...




_ LVI _




C'est ici que le conteur se taira, ayant achevé son histoire, la très véridique histoire de la "Marie-Jeanne", bateau de trente cinq pieds, construit en bois de takamaka ... Bateau qui dériva, erra dans les immensités de l'Océan Indien pendant deux mois et demi ... Et sur les dix passagers qui étaient à son bord lorsqu'il appareilla, le trente et un janvier mille neuf cent cinquante trois, on ne retrouva, le quinze avril, que deux survivants, qui avaient pour noms Selby Corgat et Antoine Vidot ... Veuillez, au moment où s'achève mon histoire et au moment où la braise s'éteint, alors que s'allument les kyrielles d'étoiles du Bon Dieu dans la ciel ... Veuillez avoir une pensée pour ceux qui ne sont plus ... Le conteur en sera suffisamment remercié. Il priera Dieu de vous conduire par la main en toute occasion et de ne jamais vous abandonner en quelque océan.


  (Récit d'après un document des Archives Nationales des Seychelles, à Victoria - Autorisation du conservateur, Monsieur de Baleine)

Assez curieusement, je n'ai pas trouvé un éditeur pour le publier ... Je me suis lassé des éditeurs ... Et pourtant, j'en ai beaucoup, des récits de ce genre-là : Tous les naufrages de l'Océan Indien ... Tous recueillis et récrits !

samedi 24 janvier 2015

SCULPTURE - LA BEAUTÉ













LA BEAUTÉ













Une des sculptures les plus virtuoses que j'aie vues : Le Bernin, l'enlèvement de Proserpine.
             (Rome - Villa Borghèse)




Les sculpteurs




Vénus dit-on
Naquit de l’écume d’une vague


-”Qu’est-ce que j’en ai à faire
moi, de cette beauté là” ?


Dit un crapaud qui passait par là


Le Bernin paraît-il l’entendit
Michel Ange aussi
Et Cellini


On convoqua une assemblée
Pour délibérer sur la beauté
La question était d’importance
À cette époque de la Renaissance                                                 foisonnante
Vénus représentait-t elle l’absolue beauté ?


-”Bien sûr répondit Botticelli”
Il peignit aussitôt le superbe tableau que                                                          l’on connaît


-”Peuh ! “ dit le crapaud


Michel-Ange sculpta son David
La beauté n’étant pas forcément féminine


Le crapaud fit “Peuh !”
Et la femme du crapaud le fit aussi


Cellini, entre deux prisons
Deux évasions
Prit son ciseau et sculpta son Persée


-”Peuh !”
Fit la femme du crapaud
Et le crapaud en fit tout autant


Alors Le Bernin sculpta l’enlèvement de                                                    Proserpine
Et puis Apollon et Daphné


Les crapauds ne souscrivaient pas
À ces canons là


-”Qu’est-ce qu’on en a à faire
nous de ces beautés-là ? “


Ce qui montre bien qu’il ne faut jamais                                                              oublier
Que toutes les qualités sont relatives


-”Mais les crapauds ?


-“Dis-toi bien que pour tous les crapauds
La Beauté a le visage d’un crapaud.”






         Le Bernin - Extase de Ste. Thérèse 

vendredi 23 janvier 2015

OLÉRON - LE PLUVIER DORÉ



LE PLUVIER DORÉ




































On m’avait dit ... Je ne sais plus qui m’avait dit cela ... On m’avait dit que le pluvier doré passait au printemps. Oh ! Il ne restait pas longtemps, juste le temps de choisir un coin tranquille sur une bosse inculte, souvent derrière une touffe de joncs. Vous savez ces grandes bouillées de joncs bleuâtres à têtes brunes ... Quand il avait trouvé ce qu’il cherchait, il s’installait et la femelle pondait un œuf, un seul œuf, mais un œuf d’or ! - Un couple de pluviers dorés ne pouvait pondre autre chose qu’un œuf d’or, n’est-ce pas ? - Pour qu’il en sorte ... Un petit pluvier doré !








Ah ! Il m’en souvient maintenant, c’était le Père Pataud qui m’avait raconté cela, le Père Pataud qui était forgeron au village de L’île, entre Saint-Georges et La Brée. Sa forge était située près de l’emplacement de l’ancienne chapelle de NOTRE-DAME, il avait, devant la porte, un énorme figuier. Le Père Pataud, c’était quelqu’un ! Il me faisait un peu peur. Je le croyais un peu sorcier. Il tirait la chaînette de son soufflet et les braises rougeoyaient, les étincelles sautaient. Avec une longue pince, il sortait du feu un morceau de métal tout blanc, le posait sur l’enclume et, frappant à lourds coups de marteau, en faisait un espiot’ ou le soc d’une charrue.






Quand il parlait, sans pour cela ralentir le rythme de ses coups, sa moustache remuait, sa moustache jaunie par le tabac. Ses avant-bras étaient herculéens.



- “ Je t’assure, si tu cherches bien, tu finiras par le trouver, le nid du pluvier doré. Et tu trouveras un œuf d’or.”



















La nuit, je ne parvenais pas à m’endormir. La lune glissait un rayon par la fente des volets de ma fenêtre et, doucement, une tache de lumière blafarde marchait sur le couvre-lit. J’entendais le vent. Il soufflait doucement et je croyais ... Oui je croyais entendre les pépiements des pluviers dans les marais tout proches. Je ne savais pas si les sifflements étaient ceux du pluvier doré ou bien, seulement ceux du pluvier argenté. Le pluvier argenté, fi donc ... l’argent, c’est bon pour les fourchettes et les cuillers que l’on met sur la table le dimanche !




Vint un moment, c’était au printemps ... vint un moment où il n’y eût plus de clair de lune. C’est ce qu’on appelle, chez nous, la lune noire. Les pépiements étaient de plus en plus nombreux, tout près.




-”Tiens, me dit le père Pataud, la nuit dernière, je suis allé relever mes bourgnes à anguilles et j’ai vu, oui j’ai vu un pluvier doré. Il est parti dans mes pieds,derrière une touffe de tamarins.”






















C’en fut trop pour moi ! La nuit suivante, je me levai, j’entrouvris les volets, j’écoutai longuement, extasié : Les pépiements des pluviers, on les entendait, nombreux, provenant de toutes les directions, vous savez, des sifflements sur deux notes, l’une longue, l’autre brève. On ne peut pas s’y tromper : le sifflement du pluvier se distingue aisément de celui du courlis cendré.










Dans la maison, rien ne bougeait. Les parents dormaient. Je pris juste le temps de me vêtir et ... Je passai par la fenêtre. J’avais chaussé des espadrilles pour être plus silencieux. Le chien gémit. Ce fut bref et je m’immobilisai un instant. Lorsque, tout aussitôt après, j’ouvris le portail, il ne grinça pas. C’était une chance. Et me voilà parti. Dans les marais, bien sûr ! ...









Ce texte est contenu dans le livre ci-dessus, édité aux éditions "LE CROÎT-VIF .... demandez-le à votre libraire !




jeudi 22 janvier 2015

TAHITI ... LE CINQUIÈME JOUR ...


TAHITI


LE CINQUIÈME JOUR












LE CINQUIÈME JOUR






Dieu dit encore :

-" Que les eaux grouillent d'une foule d'êtres vivants, et que les oiseaux s'envolent dans le ciel au-dessus de la terre ! "

Dieu créa les grands monstres marins et toutes les espèces d'animaux qui se faufilent et grouillent dans l'eau, de même que toutes les espèces d'oiseaux.

Je n'étais pas encore là, mais j'ai dû arriver presque aussitôt. Mon bateau filait entre deux îles passementées de velours vert. L'océan était d'un bleu digne de teinter le manteau de la Vierge, avec des ornements d'émeraude et de myosotis. Le ciel était sans nuage et le soleil jetait des sequins d’or par milliers dans la mer. À l'arrière, nous traînions des lignes qui s'enfonçaient obliquement dans l'eau. Il n'y avait pas de vagues. Le calme le plus absolu régnait alentour.

_" Que tout ce qui vit dans l'eau se multiplie et peuple les mers et que les oiseaux se multiplient sur la terre."




















Il a dû se passer quelque chose comme ça. Le moment est inoubliable. Nous avions pénétré dans un nuage d'oiseaux : Ces nuages signalent la présence des poissons. Une ligne de traîne s'était prise dans l'hélice. Le moteur s'était tu. En quelques secondes nous nous trouvâmes au sein d'une bouillonnante marmite. Froissements d'ailes et de plumes en tous sens par milliers, frôlements, gifles à peine évitées. Agitation d'éventails blancs, blancs et noirs, noirs, montant, descendant, en piqués, en flèches, en foules. Cris, cris agressifs, cris de rage, cris avides, cris délirants. Becs rouges, becs noirs, becs bleus, roses ou blancs, becs durs, acérés, pointus, crochus, tranchants, poignards, dagues, crocs, grappins et crochets. Assauts de becs, de plumes, de cris, de pattes écailleuses, de griffes et d'ongles. Quelques oiseaux, et non des plus petits, se prenant l'aile dans nos lignes et tournoyant ... Au-dessus, très haut, d'autres oiseaux très noirs planant et décrivant des cercles ... Millions de flèches d'argent jaillissant de la surface de la mer, sautant, bondissant, rejaillissant, ricochant. Ardeur frénétique essayant de mordre dans la vie, essayant d'échapper à la mort. Millions d'anchois ou de sardines comme autant d'escarboucles, d'étincelles, bleu métal, argent, vif-argent.













Sous les anchois les grandes ombres vertes des grands thons pélagiques. Il y a du carnage en cet endroit : oiseaux et thons, les uns au-dessus des autres, puis mêlés les uns aux autres, car les uns plongent tandis que sautent les autres. Ils sautent très haut les grands poissons, ardents, vifs, bondissants, se tournant sur le flanc puis retournant à leur élément, se croisant, croisant les oiseaux et les oiseaux les croisant. Dessous, encore plus profond que les thons, passent les grands squales, torpilles brunâtres ... Et la mer se tinte de sang là où quelque requin a réussi à décapiter un thon. Ils pèsent bien soixante à quatre-vingts kilos, les grands thons, et chaque squale sans doute, plus de cent kilos. Flèches, pluie de dards, lames, étincelles de vie frénétiques, jaillissements, bonds, cris de désir, cris d'angoisse, cris agressifs, nageoires, queues, ombres décrivant de larges orbes. Cris frénétiques de frayeur et d'ardeur, faim, faim de vie. Cela dura un instant puis tout disparut. ...










-" Le sixième jour, Dieu créa les animaux qui peuplent la terre. Le sixième jour encore, il créa les êtres humains à sa propre ressemblance . Il les créa homme et femme."

Après un tel spectacle, il faut un très long moment pour retrouver ses esprits, redescendre sur la terre. Il faut longtemps aussi pour redescendre sur le banc de son bateau.

En mille neuf cents quatre-vingt cinq, si mes souvenirs sont bons, une pirogue double construite à l’ancienne, baptisée Hokulea, franchissait à la voile, venant de Tahiti, la passe de Raïatea, repartait vers les îles Cook, puis vers la Nouvelle Zélande, qu’elle atteignait en parfait état. Il est bien regrettable qu’après son retour, on l’ait laissée pourrir à côté du musée. Elle méritait mieux que cela, et l’exploit aussi.

Quelqu’un a dit que la Polynésie “entrait dans l’avenir à reculons.”

Méchante langue ! Ce quelqu’un voulait sans doute dire que les Polynésiens semblent avoir plus envie de réinventer leurs racines que d’aller de l’avant ?

Une seconde pirogue double est en construction sous un hangar, taillée dans le cèdre de la Californie. Ses bordés sont cousus, à la manière d’autrefois. Les capitaux engagés sont américains. On prie pour qu’on ne la nomme pas “Coca-Cola” ... Mais qu’aurions-nous à redire, nous qui baptisons nos bateaux “Paul Ricard” ou “Fujicolor” ?









Les Polynésiens ont raison d’honorer leurs ancêtres : Ils ont été les plus hardis navigateurs de l’histoire des hommes.

-“Ils arrivaient aux îles avec leurs dieux, leur langage et leurs cochons ...”

Pourquoi leurs actuelles pirogues ne s’appelleraient-elles pas, elles aussi, “Bagages Superior” ou “Fleury-Michon” ?

On dit que ces pirogues, qui pouvaient transporter des groupes entiers, allèrent jusqu’aux glaces de la Terre-de-Feu et, de l’autre côté, jusqu’à Madagascar ... Mais cela ne me dit toujours pas si les Polynésiens ont peuplé l’Amérique du Sud ... Pourquoi pas ? Il y a des arguments en faveur de la thèse ...