lundi 14 novembre 2011

Les Grands Hommes

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Que reste-t-il des "grands Hommes" ? Cent quatre vingt seize ans après sa disparition, que reste-t-il de Napoléon ? - Un nom .... Le Code Civil ... La Légion d'Honneur... Les lycées ... Une grande oeuvre, une très grande oeuvre ! -Mais il a suffi d'un bouillonnement quelque part dans la foule pour que l'anniversaire d'Austerlitz soit escamoté.

Qu'est ce que Napoléon a à voir avec Cannes ? ... On m'a toujours appris que l'Empereur déchu, de retour de l'île d'Elbe, avait débarqué au Golfe Juan, et non pas à Cannes.

Ah! oui ! ... Il aurait bivouaqué dans les dunes de Cannes, avant d'entamer sa remontée triomphale par la route des Alpes qui porte son nom actuellement ..... Cent jours ! ... Sa réinvestiture dura cent jours , pas un de plus !

Les Cannois, qui ne sont pas avares de monuments commémoratifs ont élevé une église, rien de moins, à l'emplacement où l'"Aigle" avait installé son bivouac : On l'appelle "Notre Dame du Bon Voyage" ..... Un voyage qui a mené l'Empereur très loin, puisqu'il l'a conduit à l'île de Sainte Hélène, en passant par l'île d'Aix où les Anglais l'embarquèrent sur le Bélérophon.

Mais poursuivez votre chemin : Non loin de cette église se dresse, au-milieu d'un bassin, comme il se doit, la statue de Lord Brougham, fondateur de la ville de Cannes ! - Ah ! Ces Anglais !

... Et dire qu'ils n'ont même pas adopté l'Euro ! ... Toujours bande à part !


samedi 12 novembre 2011

LE ONZE NOVEMBRE SUR LA CROISETTE




Aujourd’hui, nous sommes le onze novembre. Nous étions assez nombreux ce matin,autour du Monument aux Morts du Cannet. Il y a toujours quelque chose d’assez curieux dans ces rassemblements : Sexagénaires desséchés recoiffant des bérets verts ou des bérets rouges, septuagénaires ventripotents arborant leurs barrettes de décorations pendantes, civils battant du tambour ou sonnant du clairon. Quelques épouses sont là aussi, prêtes à photographier leur époux. ( Dame, il y aura une remise de médailles !)– « Ouvrez le ban ! » - « Aux Champs ! », puis un haut-parleur qui fait entendre la Marseillaise et le God Save the Queen …. ( Nous sommes sur la Côte d’Azur !) Cela se poursuit par la lecture d’un message du Président de la République puis se termine par une invitation à l’apéritif, à l’initiative de la municipalité. C’est un peu grotesque, mais c’est aussi touchant : Souvenirs, souvenirs ! … Un certain râle, qui se prolonge et que j’entends depuis plus de cinquante ans … Je ne suis pas allé prendre l’apéritif.


L’après-midi, nous avons pris le bus pour aller sur la Croisette. Je pense que tout le monde avait eu la même idée : Il faisait beau et nous venions de subir quatre ou cinq jours de mauvais temps. Cannes est une ville qui se résume, si on la considère, à la promenade de la Croisette, en front de mer, et à la rue d’Antibes, qui est parallèle à la Croisette. Les Cannois appellent ce cœur de ville « la Banane » et en effet, sur le plan, la ville apparaît, entre le littoral et la voie ferrée, comme un croissant ou une « banane ». Le reste, au-delà, c’est autre chose : Les immeubles grimpent très vite aux collines, parmi les cyprès et les pins. L’agglomération a la forme d’un éventail. Quand on habite Le Cannet ou le quartier de La Californie, il faut dévaler les pentes pour aller en ville.


Ils ont dévalé les pentes, tous ceux qui sont là, sur la Croisette : Ceux qui marchent, ceux qui courent, ceux qui sont assis sur les chaises bleues que la municipalité met à leur disposition. Des enfants slaloment sur leur planche à roulette ou leur trottinette, des petits chiens, bien toilettés, peinent à suivre leur maîtresse. Les marchands de glaces sont là, les artistes peintres aussi, et les marchands de journaux dans leurs kiosques. Près du palais des festivals, le carrousel fait tourner ses chevaux de bois qui rutilent.


Comme la tempête a sévi ces jours-ci. Tout le monde, en ce jour férié est venu se rendre compte des dégâts : Les restaurants qui sont sur la plage, en contrebas, ont été bien touchés, verrières cassées , salles envahies par une épaisse couche de sable. Une ou deux pelleteuses remplissent d’énormes sacs jaunes qu’elles entassent. Des protections dérisoires ont été élevées à la hâte. Peu de commentaires finalement, et peu de contemplation. Au bout du compte, on peut se demander pourquoi on autorise l'installation de restaurants sur les plages ... Des gens déjeunent au milieu des décombres, d’autres jouent aux cartes en bas de l’escalier.


Sur la Croisette, les promeneurs défilent. Ils ont l’air de venir tous, ou à peu près tous, de l’ouest et de se diriger vers l’est, du palis des festivals vers le port Pierre Canto. La promenade est inondée de soleil et les visages irradient. Des marchands à la sauvette proposent des chapeaux de paille et des lunettes de soleil. Parvenus au port Pierre Canto, les promeneurs semblent disparaître. Où vont-ils ? – Peu d’entre eux poursuivent jusqu’au square de Verdun, où les chrysanthèmes et les jacinthes ont beaucoup souffert des embruns. Dans le square de Verdun sont élevés des monuments commémoratifs de la dernière guerre, ( Cannes n’en est pas avare ) …


Je remonte la file à contre courant jusqu’au palais des festivals. Peu de promeneurs dans ce sens là, est-ce parce qu’on a le soleil dans les yeux ? Je prends une rue perpendiculaire et je vais dans la rue d’Antibes : Ils sont tous là ! Une foule immense, descendant les trottoirs : Celui de droite comme celui de gauche. Cette fois-ci, c’est de l’est à l’ouest que s’écoule la foule, sur deux rangs, sur trois rangs, quatre ? – Beaucoup de boutiques sont ouvertes en ce jour férié : Chaussures, vêtements, galeries d’art, que sais-je encore ? - Peu de promeneurs entrent par les portes. Les gens déambulent, très silencieux, désoeuvrés, les yeux dans le vague. Comme la rue est en sens unique, les voitures glissent silencieusement, dans le même sens que les badauds : Une Lamborghini jaune citron conduite par un vieux, une Jaguar noire et luisante, un cabriolet décapoté dont je ne distingue pas la marque, mais dont les chromes étincellent … Des Mercédès, noires elles aussi, et puis quelques Peugeot décapotables qui, ma foi, ne déparent pas dans le paysage. De temps à autres, un promeneur plus pressé que les autres se faufile en zigzagant : Il est juché, celui là, sur une mécanique étrange, qui fait beaucoup de bruit ….


Est-ce parce que nous sommes le onze novembre ? Est-ce à cause de la cérémonie de ce matin ? – Le spectacle de ces foules dont les personnages vont tous dans le même sens, pressés les uns contre les autres ? Sur chaque trottoir, un fleuve coulant vers … vers où ? Non pas un fleuve emportant ces foules, mais les foules étant elles-mêmes ce fleuve, continu, incessant. Et personne, presque, pour remonter le courant !



Dante y verrait l’allégorie de la condition humaine : Les hommes, les femmes, les enfants, accompagnés de leurs petits chiens … Les hommes, les femmes, les enfants, et les chiens … soumis à leur destin … Des familles entières, des générations entières, marchant vers leur fin, allant s’engloutir vers on ne sait quoi. Ils s’arrêtent aux feux rouges, repartent aux feux verts, hésitent aux feux orange. Ils obéissent aux lignes blanches, aux pointillés qui traversent les carrefours, aux panneaux indicateurs …. Ils ne sont pas maîtres de leur direction, ni même de leur rythme …. Ils avancent, pratiquement tous à la même vitesse. Parvenus au bout de la rue d’Antibes, est-ce qu’ils tombent dans l’abîme ? Quelques uns parviennent-ils à continuer leur chemin, marchant sur les cendres de ceux qui les ont précédés ? Jusqu’à quand la procession ?


Je suis revenu à moi dans le bus qui me ramenait vers le Penh-Chaï, au Cannet, sur les hauteurs. Le bus ? – Une vingtaine de places assises, tous les autres passagers debout, s’accrochant où ils peuvent, à ce qu’ils peuvent … Balancés, ballottés, cognés, heurtés dans tous les sens. Comment, dans ces conditions, voulez-vous poursuivre une méditation ? – Mais c’est peut-être aussi bien comme cela : La méditation m’entraînait trop loin !

jeudi 10 novembre 2011

LES ARTISTES



Beaucoup d'artistes ont fréquenté la Côte d'Azur. Souvent, on se contente de dire qu'ils y étaient attirés par la lumière. Je connais d'autres endroits, particulièrement sur la côte atlantique, où la lumière est aussi belle, et où les heures d'ensoleillement sont aussi abondantes. Mais, vrai, les artistes ont beaucoup fréquenté la Provence. Au Cannet s'est ouvert récemment un musée consacré à Pierre Bonnard. Il y avait sa maison. Le bâtiment a été inauguré il y a tout juste quelques mois par Frédéric Mitterand, Ministre de la Culture. Il faut dire tout de suite que son architecture peut paraître douteuse : Devant une maison charmante dont le style rappelle la Belle Époque, on a posé une boîte de béton. Cela rappelle, (pour parler comme aujourd'hui ) ... Cela rappelle un "show room" de concessionnaire d'automobiles.

Je ne suis pas encore allé y faire une visite. Il est là, à portée de marche. Il ne s'en ira pas. Je vous assure que je ne manquerai pas d'y aller, d'autant que je connais mal les post-impressionnistes et que je ne connais pas du tout Bonnard. Pour le peu que j'en sache, il a peint avec la lumière.

Mais tous les peintres n'ont-ils pas peint avec de la lumière ? - Même Rambrandt, même Le Gréco, même Le Caravage, ont, en fait, peint avec de la lumière, plus ou moins concentrée, plus ou moins éblouissante, plus ou moins vive, plus ou moins irisée.

Et c'est bien là, je crois, qu'il faut chercher le génie ... Posons la question franchement : Pourquoi les hommes peignent-ils ?

Ne remontons pas, si vous le voulez bien, aux peintures pariétales, admirables, certes, mais énigmatiques tant elles sont l'oeuvre d'hommes dont l'histoire nous est fort peu connue. Représentations magiques ? ... Ornements ou bien symboles ? Les cavernes ornées sont-elles des sortes d'églises ? J'ai lu les thèses des grands spécialistes ... Elles ne s'accordent pas toujours et elles ne sauraient être complètement affirmatives ... Mais passons ...

Venons en à Léonard de Vinci, venons en à Botticelli, venons en à Van Gogh et à Chagall. Je devrais ici allonger la liste de tous ceux qui peignirent sur bois, de tous ceux qui peignirent sur toile, sur .... Mais la liste et longue et ceux qui y figurent sont de tous les siècles. Ne retiendrons nous que ceux qui furent "Grands" ? - Sélection qui éveillerait tout de suite la suspicion, tant le goût est changeant, d'un continent à l'autre, d'un pays à l'autre, d'une époque à l'autre et, finalement, d'un individu à l'autre ! Tel, méprisé aujourd'hui, sera encensé dès demain, tel oublié aujourd'hui était hier porté au pinacle !

Non, la question que je me pose est tout à la fois beaucoup plus simple et beaucoup plus complexe : Pourquoi peindre ? Pourquoi sculpter, pourquoi ... ?

En ce qui concerne la peinture, mais peut-être pas seulement elle, mon explication part de la remarque plus haut énoncée : Le peintre peint avec de la lumière. Or la lumière est à la fois née du ciel et jaillissement. C'est la lumière qui révèle sur un visage les pensées, les préoccupations, les élans et les sentiments ... C'est la lumière qui, dans un paysage, révèle l'harmonie, la beauté, l'absolu de ce que l'on peut appeler Dieu. Je formule donc la thèse que la peinture n'est pas représentation, mais qu'elle est recherche, élan vers l'âme, qui fait l'essence de l'homme et vers Dieu qui est l'essence de l'homme et tout autant de la nature.

Les peintres paysagistes apparaissent beaucoup plus tardivement que les peintres portraitistes et les peintres de scènes. C'est parce que la première question qui se présente à l'homme est la recherche d'identité : Que suis-je, et que sont mes voisins, qu'est-ce que l'homme ? La peinture fut d'abord un acte religieux parce que la quête d'explication était primordiale. Ensuite, il fallait bien répondre à la question, identique, ou très voisine, qui se posait en considérant notre environnement et notre univers .... Ce n'est que lorsque les croyances d'antan furent en voie d'abandon, que les peintres passèrent à l'abstraction, qui n'est plus une explication, mais qui est une tentative d'action sur la perception, sur l'imagination, sur les sensations ... Puisque les tentatives d'explication tautologiques ont échoué ... Ou semblent avoir échoué ... Provisoirement. Picasso, lui devant le spectacle d'un monde disloqué et incohérent, ne croyant plus en l'homme ni en Dieu, peint des êtres et un univers fracassés : Il déconstruit.

Alain me conduisait dans ma pensée, lorsque je réfléchissais : Seul ce qui porte la trace de l'homme est beau, disait-il en substance ... Seul ce qui porte la trace de l'Esprit, ajouterai-je? Seul ce qui entraîne chez moi, chez le plus grand nombre, l'émotion dans toute sa plénitude !

Veuillez pardonner cette réflexion. N'y voyez aucune prétention, aucun pédantisme ... Je suis bien trop ignorant sur ces questions ... Permettez moi de réfléchir, tout simplement?

LES CHANTS DE MALDOROR




-" En descendant du grand au petit, chaque homme vit comme un sauvage dans sa tanière et en sort rarement pour visiter son semblable, accroupi pareillement dans une autre tanière. La grande famille universelle des humains est une utopie digne de la logique la plus médiocre ..."




Isidore Ducasse, Comte de Lautréamont

lundi 7 novembre 2011

LA BOCCA




En allant à "Conforama" pour acheter des luminaires, nous nous sommes rendus à La Bocca. Il faut pour cela descendre l'avenue Carnot, puis passer au pied du Suquet.

Nous avons eu tout de suite l'impression de pénétrer dans un autre monde, ayant quitté les palaces de La Croisette et les immeubles "d'architectes" de Cannes et du Cannet. Roulant à petite vitesse, nous sommes passés dans une agglomération qui ressemblerait à une banlieue, hétéroclite et bigarrée. C'est une cité beaucoup plus populaire que Cannes, à laquelle elle est rattachée administrativement. Nous n'en avons pas vu grand' chose encore, mais nous nous sommes rendus au marché "provençal", dont la plupart des acteurs semblent bien provenir des autres rives de la Méditerranée, ( C'est peut-être pour cela que l'on s'est cru obligé d'inscrire "Marché Provençal"au fronton du marché couvert ) ...

Agglomération beaucoup plus animée, ou tous les faciès se côtoient ... Les boutiques de luxe n'y abondent pas, les grandes surfaces y ont leurs enseignes, mais peut-être les habitants n'y sont-ils pas plus malheureux ? Peut-être l'atmosphère y est-elle plus conviviale et moins "apprêtée" ?... J'ai vu des camionnettes décharger des oranges, des pommes et du raisin. J'ai vu aussi deux jeunes gens bien sympathiques et qui s'embrassaient devant les pompes d'une station service. J'ai aperçu les fortifications du Suquet et aussi le front de mer. Je retournerai à La Bocca.

jeudi 3 novembre 2011

LE VIEUX CANNET




J'en étais resté au Cannet des Maures de mon adolescence, mais il y en a d'autres, des "Cannet"! Il y en a un près de Perpignan, il y en a un autre au-dessus de Cannes, et c'est ce dernier que j'habite depuis peu : Paysage tout de collines et de pentes, envahi par les immeubles modernes et les propriétés privées. Il y a encore, des zones boisées de pins, mais la pression foncière est importante. En fait, il n'y a pas frontière entre Cannes et Le Cannet. On se demanderait pourquoi ces deux communes ne sont pas fondues en une seule ... Le bon plaisir du Roi, au dix-huitième siècle ! Il faut dire qu'à cette époque, Cannes devait être limitée au site du Suquet, à la pointe d'une colline, et fortifiée. Le Cannet était un village également fortifié, perché tout en haut d'une colline acérée. Le Cannet des Maures n'était il pas aussi un village fortifié, haut perché, qui n'est descendu de sa colline qu'au dix-neuvième siècle !

Il paraîtrait que le mot "cannes", dont le mot "cannet" est proche est en fait un dérivé d'un mot ligure, "Khan" signifiant colline ...

Montant de la Croisette vers le haut des collines, par le boulevard Carnot ou par le boulevard de la République, nous grimpons vers le Cannet. Nous entrons dans cette dernière commune au square Carnot ou, de l'autre côté, par le Bocage, si bien nommé car cet endroit est garni d'oliviers, de pins et de cyprès. Les résidences s'étagent les unes au dessus des autres pour que la mer soit visible de tous les balcons, pour que le soleil inonde toutes les baies vitrées : Beaux immeubles, récents, propres, entourés de parcs et sécurisés. Ici, il y a peu de rues : Il n'y a quasiment que des Avenues et des Boulevards ! Quelques grues, monstrueux diplodocus, tout en haut des collines, laissent penser que la moindre terrasse sera bientôt occupée, vendue à coups de bank-notes ... On dit que plusieurs Résidence appartiennent à des Émirs arabes et que l'un d'eux, en aménageant, a fait planter en une seule nuit, toute une palmeraie !

On arrive à la Mairie du Cannet : ancienne résidence qui doit dater des "Années Folles". Alors là, ayant découvert la rue Saint-Sauveur, n"hésitez pas à emprunter la grimpette : Là est le Vieux Cannet. C'est le village des origines, tout en rampes, en escaliers, en venelles, en placettes, en ruelles, porches, balcons, ponts reliant un immeuble à l'autre. On imagine la femme du bourrelier lavant sa courette à grand seaux d'eau (car l'eau est partout, aux sources et aux fontaines ...). On imagine le fils de l'aubergiste faisant la cour à la fille du boulanger, le soir, après le crépuscule, ( Les cigales chantent elles au Cannet ?). On peut imaginer le maçon dressant ses échafaudages derrière la tour ... Il n'a pas beaucoup de place pour tourner sa brouette, le maçon ! Toute une vie, et le potier à son tour, le tisserand à son métier, et le boucher à son billot, le crieur de rue et ses proclamations .... Les hommes jouent aux dés ou bien aux cartes dans l'ombre caverneuse de l'estaminet ... Quelques femmes étendent aux fenêtre des chemises bien lavées : Elles s'interpellent et voilà que cela tourne en altercation : Toute une vie ! Le village est resserré, les maisons sont étroites et hautes, peintes d'ocre jaune ou d'ocre rouge. Aux fenêtres sont des persiennes vertes. Au beffroi, y a t il encore un veilleur ? Trois ou quatre groupes aux gestes lents et mesurés sont sur la place, à l'ombre des platanes :

- "Je vous la fais longue, ou courte" ?... Le cochonnet de buis roule sur la terre battue, bientôt les boules s'entrechoquent : "Fanny" ! Ils ont baisé "Fanny" !

Contrairement aux immeubles de notre époque, les maisons du vieux village ne cherchent pas le soleil : Elles s'en protègent, même, et c'est pour cela qu'elles tournent le dos au Sud, et c'est pour cela que les rues sont étroites ... Pour faire de l'ombre, pardi ! - Il y a des fleurs partout : géraniums, jasmins, cyclamens, et des yuccas aux feuilles acérées. En face, partout les pins !

Allez donc chercher, au milieu des modernes résidences, pareille chaleur humaine, pareille convivialité ! Les clôtures, les portails, les digicodes, les automobiles, les concierges et les télécommandes protègent les accès aux piscines dont les eaux miroitent au soleil, la plupart du temps en vain, car personne ne s'y baigne ... On ne s'interpelle plus d'un balcon à l'autre, on ne se chamaille plus pour une éclaboussure, on ne se salue même plus quand on sort de chez soi ou quand on revient de son travail. Les portières de la voiture sont toujours fermées, les portes des appartement aussi. On rentre chez soi et l'on se replie avec les siens : devant la télévision !

- "Vous voyez ce Monsieur là bas, au coin de la rue. Il habite la maison dans laquelle vous l'avez vu entrer. Il l'a achetée il y a deux ans. Eh bien, hier il m'a adressé la parole pour la première fois !"

Le Vieux Cannet est encore habité ... Des fidèles, fixés là par leurs racines, et qui ne sont pas las de grimper les marches des escaliers ... Des artistes qui ont établi ici leurs ateliers : Si, si, il faut y aller ... Il y a des choses intéressantes : Peintres, sculpteurs, antiquaires, architectes, joailliers ... Allez y donc, cela en vaut encore la peine, et puis, pour vous reposer, vous pourrez toujours vous arrêter à la terrasse d'un bistrot, sur la place : De là on voit la mer, par dessus la balustrade ... Ne vous étonnez pas trop de voir Victorien Sardou perché sur le haut d'un mur, ( Sardou ? Victorien ? - Cela ne vous dit rien ? - Il fut membre de l'académie Française ! ) _ Les Sardou, apparemment, on formé toute une lignée d'hommes politiques issus du Cannet. Le père de Victorien ne "monta" à Paris que parce que le gel avait détruit l'oliveraie familiale. Mais que fait-il donc, Victorien, perché sur son mur, pendant que les badauds consomment au café de la place ?

Après, quand vous aurez repris vos forces et votre souffle, vous pourrez monter jusqu'au canal de la Siagne, et même jusqu'au Chemin des collines .... La vue, de là haut, est tout simplement fabuleuse, mais attention : ça grimpe !

- " Ah ! J'allais oublier : Savez vous qu'on n'appelle pas les habitants du Cannet des "Canetons", mais des "Canettans"?