mercredi 6 novembre 2019

St; PIERRE DE LA MARTINIQUE



CHANSON 

POUR CEUX DE St. PIERRE

                                          DE LA MARTINIQUE







L’angoisse ne s’était pas encore infiltrée

Dans les artères de la ville

Nous n’avions pas encore appris la peur

Le volcan avait prévenu pourtant

                              *


Il eût fallu savoir lire

Savoir lire dans cet alphabet oublié

Savoir lire les racines de feu gonflées

Les plumetis de cendres

La déroute des serpents

Savoir lire aux veines des ruisseaux

Les accélérations

Les changements de couleurs

                           *


On ne nous avait pas appris la méfiance

Maman Rosa partit chercher son pain

Comme chaque matin

Coiffée de son madras 

Son panier à la main

                            *


Quelques uns étaient montés voir

Ce qui se passait là-haut

L’Etang-Sec était plein d’eau rouge

En son milieu un cône noir

Crachait des fumées

Paisiblement


                                  *


Mon Dieu mon Dieu

Que l’océan sait être bleu

Les voiliers en attente

Dodelinaient


                                  *

Il eût fallu

Savoir lire les battements d’ailes du coq

Qui ne savait plus quoi chanter


                                 *

C’était à huit heures du matin

Huit heures et deux minutes très exactement

A la cathédrale de la ville

Le bronze a fondu

Les carillons se sont tus

Nul ne saura jamais leur plainte

ni leur cri

                                   *



Là où ton pied se pose prends garde

Tu marches sur la cendre des os brûlés

Murs noircis

Sans toits

Sans poutres et sans chevrons


                                *

C’était à huit heures du matin

Huit heures et deux minutes très exactement

Les amours se sont étranglées

Dans un monstrueux orage

C’était à huit heures et deux minutes très  
exactement

Et le verre a fondu


                                  *


La ville a flambé

La rivière a bouillonné

C’était à huit heures et deux minutes très

exactement

Le huit mai mille neuf cent deux

Et la terre tremblait









                                   

La rue Monte-au-Ciel s’est fendue

La nuée a dévalé

Les barriques ont éclaté

Dans les rhumeries et sur les quais

Noirs cumulus roulant se déroulant

Explosions de colères rouges et jaunes


                                   *


Plages noires

L’océan seul vivant encore

Recouvre des carcasses de navires 

morts


                                  *

C’était à huit heures du matin

Huit heures et deux minutes très exactement

Un dimanche du mois de mai

Un jour de premières communions

Encens

Brassards et mousselines blanches

                            *


C’était à huit heures du matin

Huit heures et deux minutes très exactement

Le huit mai mille neuf cent deux

A huit heures et deux minutes très exactement

Et les mots à jamais se sont tus








mardi 5 novembre 2019

LA MADELON ....






On nous en a tant montré
Des casquettes et des tricornes
Des médailles et des galons
Des panaches de plumes d’autruche


On en a tant fait sonner
Des cors et des trompettes
On en a tant frappé
Des tambours et des cymbales


Nous avons tant chanté
Les glorieux lendemains
Nous avons tant hurlé 
De vivats et de hourras !














On nous en a tant montré
Des guêtres
Des bottes et des baudriers
Des images et des couleurs











On nous en a tant conté
Que nous avons oublié nos coeurs
Qui battaient




Je verse aujourd’hui
Quatre poignées de cendres
A la mer


C’était tout ce qui me restait

De toi.

dimanche 3 novembre 2019

ROMANCE DE LA NUIT ......







ROMANCE DE LA NUIT































La nuit est noire
Noire noire
Tes cheveux sont nuit de soie  
Tout au fond du puits
L’opale est ronde
La lune se plaît au miroir

Où donc vas-tu 
Ardent cheval de la nuit ?
Il n’y a plus d’étoiles

Avec une lame d’obsidienne
L’Inca ouvre les poitrines
Arrache les cœurs
Ah ! Détourne les yeux, petite
L’obsidienne est noire
Noire noire

Tu es trop jeune
Et moi je suis trop vieux
Ah ! Cache tes yeux !

Le temps, dieu injuste
Court droit devant lui
Sans retenir ses pas
Quand l’un de nous arrive
L’autre s’en va 

vendredi 1 novembre 2019

SAVEURS .....



SAVEURS































Ne houle pas
Ne parle pas ...
Sans nager
Au gré des courants
Dérivant
Calmé
Je n’aurai ni pensée
Ni désirs
Ni faim
Au gré des courants
Dérivant
Improbable sargasse
Aux longs filaments
Épousant la mouvance
Sans forme finie
Sans état
Sans poids
Sans condition
Ni pensée disais-je
Hypnose sans recherche
Questions abolies
J’accepte
Les étoiles les oiseaux
Les nuages s’il en faut
Béryls et saphirs
Chauds
A la mesure de mon sang



Il peut se faire
Après tout pourquoi pas
Il peut se faire
Qu’à ta place si douce
Je m’en vienne et j’échoue
A la plage de ton cou
Je veux alors me taire
Que tu ne parles point
Que nous ne bougions pas
Hypnose sans recherche
Questions abolies
J’accepte
Les étoiles les oiseaux
Les nuages s’il en faut
Blancs et or
Chauds
A la mesure de mon sang.