mercredi 28 mars 2018

LE CHEMIN DE COMPOSTELLE






Mais si l’arbre a été coupé 





Le pas est souple maintenant que la pente est moins rude
À perte de vue les collines arrondies
Caillouteuses, 
Vagues figées, les unes ayant couru après les autres
Bleues
Dans le lointain les toits de la maison forestière
Le belvédère haut perché sur ses pattes grêles

Le sentier étroit s’enfonce dans la forêt de mélèzes
Troncs droits et serrés, sans autres branches qu’à la cime
Sombre
Air rare
Oppressant
Des morilles en grand nombre sur les bas-côtés mais
 À quoi bon les cueillir ?






Cela fait cinq heures que marche Iago, sans voir un homme
Ni une femme, ni un oiseau, ni un animal quel qu’il soit
Pas une habitation, pas une hutte
Le chemin n’est plus qu’une étroite saignée
Iago marche au fond d’une tranchée et le ciel, en haut, lui-même est invisible. 
Le bûcheron coupe les mélèzes pour en faire des poteaux, 
des poteaux télégraphiques, des poteaux électriques,
très hauts, très droits, sans nœuds.
À droite et à gauche les troncs sont tellement serrés qu’ils occultent la vue
Tranchée, vous disais-je !








De loin en loin deux lignes horizontales
sont peintes sur un tronc ou un poteau
L’une rouge, l’autre blanche
Ce sont balises de grande randonnée
Mais si l’arbre a été coupé ?
Si le poteau est tombé ?
À la patte d’oie, quel chemin ?



mardi 27 mars 2018

JE SAIS LE DÉSIR D'ALLER DROIT DEVANT ....





« Je m’éveille le matin avec une joie secrète, je vois la lumière avec une espèce de ravissement. Tout le reste du jour, je suis content. »


Montesquieu




- Que vient faire ici cette citation : Rien à voir avec ce qui va suivre … Eh ! Eh ! ... À y regarder de plus près !


Je sais le désir d’aller droit devant …

Sais-tu le chemin ?
Je sais le désir et la soif 
La colline blanche
La pierre qui roule
Je sais
La soif et le désir d’aller



Aller jusqu’à ce buisson
Jusqu’à cette fleur jaune
Là
Jusqu’à cette roche
D’où vient le temps
Où se courbe la trace



Je sais le désir des abeilles
Et le désir des moutons
Du lézard ocellé
Et le désir de la pomme
Je sais le désir de l’iris et celui
De la fleur de glais

Je sais l’envie de tout voir
De tout entendre et de tout sentir
De tout connaître





Je sais le désir d’aller droit devant
De trouver l’endroit
Où l’ange m’attend 







Il est un village
À peine un hameau
Quelques maisons aux toits de lauzes
Un châtaignier chargé de siècles
Un clair ruisseau y court
À peine une rigole



          



Je sais après quel tournant
Sur la place de l’église
Coule une fontaine
Je ne sais dans quel vallon
Un ange me fera signe
Et me tendra la main.




lundi 26 mars 2018

A LA SAINT JEAN D'ÉTÉ ...












Deux hérons tout à l'heure
A la Saint Jean d'été
Deux hérons ont crié
Entends crier mon coeur
A la Saint Jean d'été
Le soleil s'est noyé







Entends la clarinette
La barrique est percée
Écoute la cabrette
Les feux vont s'allumer
A la Saint jean d'été
Les défunts vont se lever

Les transis vont danser
A la Saint Jean d'été
Vivantes avec les morts
Vivants et trépassées
A la Saint Jean d'été
Les innocents devant
Les sages venant après







A la Saint Jean d'été
Toinon fut engrossée
Dansez les assassins
Et les assassinés
A la Saint Jean d'été

Gilberte avec Baptiste
Léon avec Manon
A la Saint Jean d'été
Que claquent les talons
Tout autour du bûcher
A la Saint Jean d'été
Que claquent les talons
Plus lourd sera le blé.




dimanche 25 mars 2018

LE NOUVEL AN ...













Et le vent le vent le vent
Et le temps le temps le temps ...
Sandales
Bottes de cuir
Galoches de bois
Pieds nus
Des pas des pas des pas des pas
Il faut pourtant que tu marches

Sur les os du temps
La poussière et la cendre
Les graviers de granit
Il faut pourtant que tu marches
Sur les os du temps

La dune est poussée par le vent
La vague échevelée
Se brise et s'étale
Une autre vient

Le soleil marche devant
Puis vient la lune




                                     




Minuit
Une heure
Deux et trois
N'étaient les carillons
Je haïrais les horloges
Cartels
Les pendules et les montres

Sandales
Bottes de cuir
Galoches de bois
Pieds nus
Des pas des pas des pas des pas
Il faut pourtant que tu marches