mercredi 28 septembre 2016

LA PETITE FILLE AUX ALLUMETTES





LA PETITE FILLE

 AUX
                   ALLUMETTES
















Les trains partent toujours à l’heure
Trois minutes d’arrêt
Buffet


J’ai vu derrière la vitre
Je l’ai bien vue
C’était la Fée des Neiges
Ou la Petite Sirène
La Petite fille aux allumettes


Elle avait de grands yeux d’océan
De longs cheveux dorés












Je n’ai pas su d’abord
Quel était le train qui partait
C’était le sien
Ou c’était le mien ?
Et les grands peupliers
Qui couraient ...


Nous avons traversé les campagnes
Les villes noires ou gaies
Passé des ponts d’acier
Des automobiles glissaient à nos côtés
Blanches
Vertes ou rouges

























Nous avons longé des fleuves
Aperçu des troupeaux
Et les clochers qui les gardaient
Nous avons passé des tunnels
Plongé dans des nuits étoilées
Ah !
Puis resurgi dans les aurores









La Fée des Neiges
La Petite Sirène
Comment l’oublier
La Petite Fille aux Allumettes
Ses grands yeux d’océan
Et ses cheveux dorés


Les trains passent toujours à l’heure
Mais ne reviennent jamais




lundi 26 septembre 2016

LES CIMETIÈRES ...












LES CIMETIÈRES








  


Il est des cimetières
Gais comme villages au printemps
Le lierre y dessine des guirlandes
La violette fleurit sous la haie
Les tombeaux semblent des maisons
Les dalles sont ornées de rosiers
La plus humble des sépultures
Est aussi coquette qu’un jardin

























Le cimetière de mon village est propice à la promenade
J’y vais trouver mes parents
Je porte un myosotis à mon aïeule
Je visite mes amis
Je leur dis les nouvelles du pays
Et combien je suis heureux de les avoir connus
Je salue le Notaire, le menuisier,  le Commandant
Et le Maréchal-Ferrant






















-« Julot, les canards sont passés cette nuit
C’étaient des milouins »
Je remercie la Dédée qui m’apportait des asperges sauvages
-« Tu sais, Mariette, les champignons sont sortis.»


-« Mon pauvre Jean-Marie, si tu voyais ça …
On a construit une maison dans ton jardin ! »
Je m’attendris sur le sort de la maman
Dont le petit n’a vécu que le temps d’un matin ..

























Je sais d’autres nécropoles
Où l’herbe frémit dans le vent
Les tombeaux sont carrelés de faïences
On allume des bougies
Pour la fête des saints





















J’en connais d’autres enfin
Désolées
Auxquelles le passant
N’accorde plus un regard
Ah ! Je veux que l’on m’enterre
Dans un champ de coquelicots !







MON VILLAGE ...






MON VILLAGE



AUJOURD’HUI















  


J’ai parcouru les rues du village
Et je les ai nommées
J’ai nommé les portes
Les fenêtres fermées
Aux arbres j’ai donné leurs noms
J’ai nommé l’oiseau

























Le puits qu’on avait scellé a perdu son nom
Comment le rappeler si les mémoires l’ont perdu ?

Le chemin de fer a perdu son métal et son bois
Moi seul ai pu faire ressurgir son nom
Que nul n’entend plus

J’ignorais le vrai nom de ce canal
Ou bien je ne m’en souvenais plus
Pour le nommer à nouveau il faudrait
Lui trouver une utilité
Un cygne y nageait
























Il faudrait trouver aussi une raison à cette ruine
Au milieu des marais
Les marais …
                       Qui peut encore les nommer ?
Et le sel n’est plus le sel
Les champs jamais labourés
                       N’ont plus que des surnoms
Certains savent encore
                        Que ces tours étaient des moulins
Que cette voiture était un tombereau
Quelqu’un sait il encore
                         Ce qu’était un cheval ?






















Plus d’attelages
Le lait n’est plus le lait
Le vin n’est plus le vin

L’église est devenue un monument
Les langages sont nouveaux
                           Dans un monde neuf.

dimanche 25 septembre 2016

MERIDA LA ROMAINE - ESPAGNE





Espagne

MERIDA













Ô Merida !
Plus connus le Douro et le Tage
Mais la Guadiana ...
Soixante arches d’un pont deux fois millénaire
Les appels d’un aurige levant haut la mèche du fouet
Galops
Hennissements vainqueurs et glorieux
Marchands de volailles
Porteurs d’outres luisantes
Vendeurs d’échalotes et d’oignons
Lourds fardiers chargés de poutres
Ou de pierres taillées















Place ! Place !
Olifant
Grelots et sonnailles
La ville est fière derrière ses murs
Odeurs de fleurs d’orangers
Place ! Place !
Aux multiples bras du fleuve Guadiana
Les pas précautionneux des cigognes
Jambes haut levées
Leurs nids craquettent
Sur l’aqueduc
Au sommet de chaque pilier rompu

















Au bout du pont des Romains
La forteresse des maures
Ville fraîche
Ville blanche
Après des kilomètres rouge sang
Au long des vignes accroupies
Frétille la feuille de l’olivier
Nous irons flâner près des palmiers
La fontaine chante sur la place d’Espagne
Des patriciens en toges de lin
Passent sous l’arche de Trajan
Allant vers le Musée cathédrale
Où sont les statues et les bustes
Vivants encore
Les fiasques et les verres
Et les mosaïques aux poissons






















Nous entendrons monter les vivats
Les trompettes sonner
Résonner les gongs et les tambours
Les lyres et les cistres chanteront
Lions et tigres rugissent
Dans l’arène de l’amphithéâtre
Et devant les gradins du théâtre voisin
On chante les fastes d’Hadrien

















Merida !
Je veux m’asseoir encore une fois
Devant les colonnes du temple de Diane
Je retournerai le sablier
Mais le temps ne suspendra pas son souffle
Merida !
Les jours passent
Tu creuses et tu fouilles
Mais le temps ne reviendra pas.