vendredi 13 décembre 2019

RABELAIS, MONTAIGNE ... ET LES AUTRES ...







                




RABELAIS

MONTAIGNE

PASCAL ET LES AUTRES …

                         ****

Ouvrons les oreilles et regardons autour
de nous :

avec les newsrooms, les spin dostors, les
podcasts, l’accès prime time, le live, le
showbiz, les blockbusters,, les sponsors,
la fashion week, le black friday, le jackpot,
le fund raising, le team-building, le
brainstorming, le debrifing, le story telling
le coaching, le consulting, le marcketting,
l’engineering, le timing, le naming, le
shooting, le bench-marking, le coworking,
le making of, le zapping, le streaming,
les casttings, les liftings, les testings, le
made for faringù, le low cost,les duty free,
les deals, les gaps, les spots, les jobs, les
challenges, le turnover, le burn out, les
check up, les hashtags, le buzz, la box,
le cloud, les mails les cookies, les bugs,
les talks, les tweets, les geeks, les hits,
les scoops, les managers, les helpers,
les followers, les designers, les traders,
les hakers, les gamers, les losers, les
winners, les youtubers, les staffs,
les breaks, les punchlines, les fast food,
les think tanks, les playstations, les
millenials, les digital natives, les business
&ngels, le soft power, le hardcore, le
reset, le process, le choix  du  top-down et
bottom-up, et l’épanouissement des start-
up , la technique a trouvé l’idiome qui
convient au monde par lequel elle
remplace le monde :









                                            








Il est inutile de déranger Rabelais,
Montaigne, Pascal pour exprimer
une certaine conception sommaire
de la vie, dont le caractère sommaire fait
Précisément toute l’efficience », écrivait
Bernanos à l’aube de la grande connexion.


On ne les  a pas dérangés et, dans une
publicité pour smartphones, le sourire
du Réseau répond aux ultimes mauvais
coucheurs par cette profession de foi
radieuse :
   « WE LOVE TECHNOLOGIE »
Ce n’est pas l’Anglais qui , malgré
 les apparences étend ainsi son empire
 sur les autres langues, c’est gestell qui
met toutes les langues au pas, celle de
Shakespeare incluse.

Ce qui subsiste du Français dans ce nouvel
 idiome est une pâte molle que les
locuteurs progressistes, impatients d’en
finir avec les chicanes, les carcans et les
hiérarchies, se donnent désormais le droit
de remodeler à leur guise.



Alain Finkielkraut

                 À la première Personne (page86)

                 éditions Gallimard



jeudi 12 décembre 2019

JE VOUDRAIS ÊTRE UN GOÉLAND ...


          
JE VOUDRAIS ÊTRE UN GOÉLAND ...

                            ***


Un avion étire dans le ciel bleu un long
fil de cristal …


Le feuillage des oliviers grésille
d’étincelles argentées…


Le petit rouge-gorge se fiche dans un
buisson de strélitzias.


Deux goélands tout blancs glissent  sur
un cercle invisible immuable …


Silence … On tourne !



                *



Goéland …Goéland

Blanc

Le bout des ailes est noir

Goéland

Très haut dans le ciel

Silence

Silence



Je voudrais être un goéland
Ailes tendues
Immobiles
Flûte douce
Glisser
Glisser
Glisser

Cristallophone

Tourner
Tourner
Tourner
Sans effort


Sans un heurt


Je voudrais être un goéland

Ballotter dans le creux des vagues

Danser

Danser doucement

Au son du piano





Être un goéland

Perché

Sur un mât

Un grand mât

Un mât de misaine

Ou un mât d’artimon

Tout en haut

Tout en haut





L’air sent la marée

Et le romarin

Et crier

Crier à pleine gorge

Crier à plein gosier

Crier pour dire que j’existe






mardi 10 décembre 2019

LE PÈLERIN .....






LE PÉLERIN



















































Sais-tu le chemin ?
Je sais le désir et la soif  
La colline blanche
La pierre qui roule
Je sais
La soif et le désir d’aller


Aller jusqu’à ce buisson
Jusqu’à cette fleur jaune
Là
Jusqu’à cette roche
D’où vient le temps
Où se courbe la trace


Je sais le désir des abeilles
Et le désir des moutons
Du lézard ocellé
Et le désir de la pomme
Je sais le désir de l’iris et celui
De la fleur de glais


Je sais l’envie de tout voir
De tout entendre et de tout sentir
De tout connaître
Je sais le désir d’aller droit devant
De trouver l’endroit
Où l’ange m’attend 


Il est un village
A peine un hameau
Quelques maisons aux toits de lauzes
Un châtaignier chargé de siècles
Un clair ruisseau y court
A peine une rigole


Je sais après quel tournant
Sur la place de l’église
Coule une fontaine
Je ne sais dans quel vallon
Un ange me fera signe
Et me tendra la main.


samedi 7 décembre 2019

LA PETITE FILLE AUX ALLUMETTES .....






LA PETITE FILLE AUX ALLUMETTES ...






* 






Les trains partent toujours à l’heure
Trois minutes d’arrêt
Buffet


J’ai vu derrière la vitre
Je l’ai bien vue
C’était la Fée des Neiges
Ou la Petite Sirène
La Petite fille aux allumettes


Elle avait de grands yeux d’océan
De longs cheveux dorés


Je n’ai pas su d’abord
Quel était le train qui partait
C’était le sien
Ou c’était le mien ?
Et les grands peupliers 
Qui couraient ...


Nous avons traversé les campagnes
Les villes noires ou gaies
Passé des ponts d’acier
Des automobiles glissaient à nos côtés
Blanches
Vertes ou rouges


Nous avons longé des fleuves
Aperçu des troupeaux
Et les clochers qui les gardaient
Nous avons passé des tunnels
Plongé dans des nuits étoilées
Ah !
Puis resurgi dans les aurores


La Fée des Neiges
La Petite Sirène
Comment l’oublier
La Petite Fille aux Allumettes
Ses grands yeux d’océan
Et ses cheveux dorés


Les trains passent toujours à l’heure
Mais ne reviennent jamais

vendredi 6 décembre 2019

SÉVILLE ....






SÉVILLE
















Au bassin
Du jardin de l’Alcazar
Sous les feuilles du jasmin
Une orange a glissé
Elle a doré l’écaille
Des carpes centenaires  

Voici en haut du minaret 
Qu’éclatent tout à coup
Silencieusement
Au premier coup de midi  
Douze quartiers écartelés
Gouttes de métal fondu

Semé de pâquerettes
Le fleuve tremble un peu
Les ocres et les jaunes des façades
Ont épongé leurs ombres
Les calèches luisent
De leurs cuivres et de leurs cuirs 


Douze quartiers d’orange
Dardent des flèches d’or
A l’aplomb de la Giralda 

Ce soir
L’orange roulera
Rouge sang
Rouge sera le fleuve, rouge ...

Ô Séville !
Ô le parfum des orangers !
Le Guadalquivir saigne
Devant la Plaza de Toros

lundi 2 décembre 2019

MADRID .....






MADRID

















Nous sommes tous Madrilènes 


Et me voici
Devant la gare d’Atocha


Flaques brunes 
Sang séché 
Non pas de taureaux bravos 
Mais de tendres chevreaux 
De lourds engins brassent des décombres


Madrid mutilée encore
Écorchée 
Déchirée
Écartelée


Ô Madrid !


Les poignards
La mitraille
Les obus
Les grenades et les bombes


Mais les voitures s’engouffrent
Dans l’avenue vers la Puerta del Sol
Tout comme hier
Et avant-hier
Les trains courent encore
Un jeune homme boit son café 
Les belles employées
Vont à leur travail
Pressées
Des pelles creusent des tranchées
Les maçons s’affairent 
Aux échafaudages
Les jardiniers ratissent
Les allées du Prado




Ô Madrid !
J’ai rendez-vous avec Vélasquez
Et Francisco Goya
Je rendrai visite à Juan Gris
Et Picasso 


Nous sommes tous Madrilènes 
Ô Madrid !
Madrid qui ne dort pas
Chante la nuit
Le jour travaille

dimanche 1 décembre 2019

LE BONHEUR .....




LE BONHEUR




























Une tranche de pastèque 


Une longue plage ensoleillée


Et cracher les pépins à la face du destin ...