mardi 17 mai 2016

VANUATU - NOUVELLES-HÉBRIDES.





                                       
PORT-VILA


(VANUATU-ANCIENNEMENT NOUVELLES-HÉBRIDES).






         


Mais où diable peuvent donc bien se trouver les Hébrides, quand elles ne sont pas « Nouvelles » ? – Il s’agit d’un chapelet d’îles situées au Nord Ouest de l’Écosse : Îles rudes ! Quand on sait que les premiers colonisateurs des « Nouvelles-Hébrides » étaient des presbytériens écossais …

L’avion s’incline sur l’aile droite, descend, s’engage dans l’axe de la baie. La baie de Port-Vila, l’une des plus belles baies du monde  ! La ville apparaît, petite, bâtie en éventail à flanc de colline : Une avenue longe le littoral, une autre monte vers les sommets. Maisons de bois, pour la plupart, toits de tôles, tout alentour, cocoteraies … Mais qui a répandu dans toute la zone ces troncs déracinés, couchés ? – Il semble, vu de haut, qu’un géant ait répandu des allumettes … Une maison a perdu ses murs et son toit, plusieurs maisons peut-être.  : Tout cela est le résultat du passage d’un récent cyclone … Impressionnant !

Les maisons de commerce sont toutes le long d’une avenue qui borde la baie.
Mais l’appareil poursuit son vol, décrit une large courbe : Nous avons aperçu la piste, gazonnée, étroite, très courte et qui n’est au demeurant qu’une modeste percée entre les arbres… Souhaitons que le pilote ait la vue claire et la visée exacte ! Nous décrivons un cercle, puis deux, puis trois : Il s’agit d’effrayer les vaches qui broutaient là … Nous l’apprendrons plus tard.


Bien posé ! Félicitations à l’équipage ! Deux ou trois rebonds, mais … Bah !

L’aéroport de Bauerfield est juste une petite baraque de tôle, à peine plus grande qu’une guérite, de guingois … Quelques voitures attendent à proximité, grosses voitures tous-terrains. On m’y attend. Direction Port-Vila, tout à côté. Lorsqu’on découvre la ville, on découvre en même temps l’océan.

























C’est vrai, la baie est magnifique, vaste, bien abritée, enserrée de forêts et de cocoteraies … Et les couleurs ! dans cet écrin, un îlot, peu éloigné de la grande île : Sur cet îlot coupé du reste de la ville, un bâtiment : La résidence Britannique … Ce ne pouvait être que cela ! – La splendide Albion ! On y va en bateau : Nul ne parle encore du tunnel sous la Manche !

Tout en haut de la colline, c’est là qu’il faut chercher la résidence de France, bâtiments blancs en béton. De là, la vue est superbe sur la baie ! Les maisons de commerce, pour la plupart logées dans de vieux bâtiments en bois, sont alignées tout en bas, le long de la côte : Ballande, Pentecoste, Burns-Phillip … Des magasins tenus par des Chinois sont semés par ci-par là : Immeubles de bois encore, avec des allures de Far West … On y vend de tout : Casseroles, riz, appareils électro-ménagers, beurre, conserves de « corned-beef », petits pois, tissus … Que sais-je encore ? On y stocke le coprah, séché et fumé, en attente d’embarquement.











             



                   Il y a deux gros cargos dans la baie : L’un pour charger le coprah, l’autre pour, aujourd’hui, charger des hommes et des femmes : On rapatrie les Vietnamiens. Leurs parents et leurs grands parents étaient venus aux Nouvelles-Hébrides pour travailler dans les cocoteraies – Leur rapatriement a été interrompu par la guerre mondiale. Aujourd’hui, la France embarque les hommes et les femmes, les vieux et les jeunes – Fermez les yeux, « On n’a rien vu » Des commissaires politiques sont venus les chercher- Il n’est pas question qu’ils y échappent. Nous avons rencontré une jeune institutrice qui ne voulait pas « rentrer » au Vietnam … Elle s’est enfuie dans la brousse peu après notre rencontre pour ne pas céder – Il m’a été dit qu’elle avait réussi son coup : Elle n’est réapparue que deux jours après le départ du bateau – Mais il m’a été également raconté, et je ne suis pas très fier de cela, que les autorités françaises avaient refusé de lui rendre son poste d’enseignement.

Politique, quand tu nous tiens ! – Il est des raisons qui ne relèvent pas de la raison ! Il n’y a pratiquement plus de Vietnamiens aux Nouvelles-Hébrides – Ni en Nouvelle-Calédonie d’ailleurs, où le « rapatriement » s’est fait au même moment et dans les mêmes conditions.

Politique, quand tu nous tiens ! Il n’est pas d’organisation coloniale plus stupide que celle des Nouvelles-Hébrides, j’en suis certain  ! Il s’agissait d‘un « condominium », je n’en connais pas d’autres exemples, ni dans l’histoire, ni dans l’espace terrestre.
























L’Angleterre ni la France ne se résolvant à laisser la place, Les deux nations avaient tout simplement décidé de régner ensemble : Il y avait une administration française, une administration anglaise, chacune surveillant l’autre, la neutralisant, parfois la morigénant. Ce genre de « gouvernement » se répercutait dans les différents groupes d’îles où résidait un représentant de chaque nation de tutelle. Pour simplifier encore les choses, on avait créé une assemblée condominiale au sein de laquelle étaient représentés les Français, les Britanniques et les indigènes : Chaque partie épiant les deux autres.

Le tribunal, lui, était présidé, par souci de neutralité … Par un juge espagnol, nommé par le Roi d’Espagne ! Ajoutez à cela les pasteurs et les prêtres, les chefs coutumiers et les écoles, publiques ou confessionnelles, ajoutez encore les commerçants et les traders, les recruteurs de main d’œuvre et les illuminés … Vous avez découvert la potion magique, chacun s’ingéniant à neutraliser les intérêts des autres !


Oh ! Ce n’était pas que l’une quelconque des deux nations tutélaires ait vraiment envie de prendre possession de ces îles perdues entre la Nouvelle-Guinée et la Nouvelle-Calédonie, mais les Australiens et les Néo-zélandais tenaient à l’évangélisation du Pacifique et d’autre part les néo-calédoniens auraient bien voulu, purement et simplement, une annexion de ce réservoir de main d’œuvre.

Et le temps s’écoulait, les partenaires se regardant en chiens de faïence … Les Britanniques, sur les pistes, roulaient à gauche. Les Français roulaient à droite. Quand ils se croisaient, il fallait bien que l’un d’entre eux laissât la place à l’autre … Eh bien pas toujours ! J’ai entendu raconter qu’il arriva que les deux conducteurs lâchassent leurs volants plutôt que de laisser la place à l’autre !






















- « Saloperie, criait le gérant du magasin Pentecoste, en poursuivant sa compagne canaque dans la rue de Port-Vila. Saloperie, ton père, il a bouffé le mien ! » Il faisait ainsi allusion aux antécédents cannibales des habitants des îles. La scène ne manquait pas de piquant : Figurez-vous un vieux bonhomme à barbe hirsute, poursuivant une femme en « robe mission », c’est-à-dire en robe d’une longueur et d’une amplitude telles que l’on ne distinguait plus ses formes.

Juste au bord de la mer, au plus creux de la baie, l’hôtel Rossi : Terrasse qui surplombe la mer – Un pêcheur lance son épervier et recueille de miroitantes sardines : Les gestes sont bibliques !... Une table, trois chaises, un verre, presque vide – Un homme, de dos – Je ne sais pourquoi son aspect me dit quelque chose :

-« Mais ne serait-ce pas ? » – Oui, c’est bien lui … C’est Paul !

  Paul, médecin militaire, que j’avais quitté à Rochefort sur mer, il y a des années, et que je retrouve là, de l’autre côté du monde. Il lit le journal et boit tranquillement une bière en cherchant de l’ombre.

-« Sacré Paul, va ! »



  Le lendemain, ,nous emprunterons une deux-chevaux à la Résidence de France. Nous ferons une quinzaine de kilomètres sur une route étroite, coincées entre des talus à vif et les troncs de cocotiers. Partout où il n’y a pas de cocotiers, la forêt s’étend, drue, quasiment vierge. J’ai lu que le squelette d’un soldat américain avait été trouvé récemment : Il s’était perdu, dans les années quarante, et n’avait pas retrouvé son chemin : Bigre ! Je ne suis pas étonné ! Paul et moi, nous connaîtrons un autre genre d’aventure : Nous étions, lui et moi, assez corpulents et la deux-chevaux était trop vieille et trop rouillée … Tout à coup, dans la grimpée d’une côte raide … Notre siège s’effondre et nous voilà chacun le nez sous le tableau de bord. Paul, qui conduisait, réussit à garder le contrôle de la direction ! Souvenirs, souvenirs ! Notre course s’est arrêtée au pied d’une superbe cascade au pied de laquelle nous nous sommes baignés.










  



Mais il me revient aussi qu’un de mes lointains cousins, originaire comme moi de l’île d’Oléron, commanda un détachement franco-britannique, vers la fin du dix-neuvième siècle. Il se battit, dans cette île de Vaté, en pleine forêt, contre les « sauvages » et fit preuve d’un courage extraordinaire. Il s’appelait Paul, lui aussi, Paul Coustolle.

                On a beau aller au bout du monde, on retrouve, la plupart du temps, les traces laissées par des proches que l’on n’attendait pas en cet endroit ! Une découverte ultérieure peu ordinaire le confirmera : À Port-Vila, on conserve le souvenir d’un pharmacien hurluberlu qui avait, au début du vingtième siècle, vendu son officine, située … à Saint-Georges d’Oléron, pour aller s’installer à l’autre bout du monde. Il pensait sans aucun doute pouvoir vivre là, de sa pratique … Malheureusement pour lui, il s’était mal renseigné, ou ne s’était pas renseigné du tout : Les actes médicaux et pharmaceutiques étaient réservés à l’hôpital, tenu par des médecins et des pharmaciens militaires ! Pas de pratique, pas de clients ! On se souvient qu’il demeura quelque temps à Port-Vila, vivant de la charité de ses concitoyens. Personne n’a pu me dire ce qu’il est devenu par la suite : Sans doute a-t-il gagné la Nouvelle-Calédonie ou … regagné la France ! On se souvient, dans la plupart des archipels polynésiens ou mélanésiens de quelques illuminés qui avaient tout quitté pour vivre « à l’état de nature ». Peu s’en sont sortis dignement. Je songe parfois, quand je me rends au bureau de tabac de mon village oléronnais, à ce pharmacien : Son officine s’ouvrait dans ce même bâtiment, sur la place de l’église …




















La résidence de France m’avait hébergé pendant deux ou trois jours à la « case de passage ». Souvenir de mon patron, l’inspecteur Martin : En chaussettes, monté sur mon lit pour accrocher une moustiquaire.
              Les fonctionnaires en poste appartenaient visiblement, à peu près tous, à la même équipe, issue des cadres de la « France Libre », et plus exactement du Cameroun ou du Gabon : Monsieur Maurice Delaunay était Commissaire-Résident de France, Monsieur Langlois était Chancelier de la Résidence. Ils avaient tous deux de très belles femmes et ils savaient recevoir ! Ah ! Le corps diplomatique français !

Je n’ai rien à dire de la résidence britannique : Elle siégeait sur son îlot et, du côté de la « grande terre », face au ponton sur lequel on embarquait « pour l’Angleterre » ( ou l’Australie, c’est selon ! ) se dressaient les bâtiments du « Club » britannique, entourés d ’une pelouse digne de Wimbledon ou du campus d’Oxford ! c’est à peu près tout ce que j’en connais, sinon que l’Union Jack flottait sur l’îlot.

                             
   

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