samedi 28 mai 2016

PÉRIGUEUX





                              PÉRIGUEUX













           


“Ils m’ont jugé à pendre
Que c’est dur à entendre
À pendre et étrangler
Sur la place du
Vous m’entendez
À pendre et étrangler
Sur la place du marché”
....


“Pleur’pas Nelly
Pleur’ pas Nelly
Demain on va me pendre
Pleur’ pas Nelly
Demain tout s’ra fini”


  
        


Et je dis :
Je dis automne
Je dis enchantement
Et je dis magie





Je dis Jaune franc
Je dis jaune d’or
Citron
Je dis jaune persan
Pourquoi persan ?






Sénégal
Et pourquoi pas ?
Je dis ocre jaune
Terre de Sienne brûlée
Ou pas brûlée
Carmin
Écarlate
Magenta
Rubis
Vermillon
Et je dis velours
Cachemire et brocart

Je dis roux
Roux surtout
Roux
Je dis l’écureuil la queue en panache
Et je dis le chevreuil et je dis le cerf et La biche
Je dis noisette
Et je dis noix
Pomme de mélèze
Et je dis le gland dans son cuir
La châtaigne








Je dis l’écharpe
Flottant au petit matin

Et je dis la montgolfière du soleil
Sans bruit
Surgie à la tête du grand chêne

Passe
Va doucement où l’imperceptible vent te mène

Château sur la crête
Multiples tourelles
Coupoles
Multiples fenêtres
Longues murailles





























Mage
Je dis Magie
Je suis le Magicien
J’ai beaucoup marché sur les chemins du monde
Je marche encore et j’entre dans la ville
Les avenues sont jonchées d’étoiles
Prends garde où ton pied se pose
Sur les trottoirs j’ai semé des étoiles d’or
J’ai porté la flamme dans les allées de liquidambars
Flammes jaunes flammes rouges





















C’est ainsi que je suis entré dans la ville
En passant par le jardin des poètes
Où le marronnier avait roussi

Magie des marchés dans les rues
J’ai fait venir aux parvis des cathédrales
J’ai fait venir ...

... “Y’a un’ si tant bell’ fille lon la
Y’a un’ si tant bell’ fille ...”

J’ai fait surgir des cathédrales et des palais
J’ai orné les murs de corniches et de moulures
Les fenêtres et les portes d’arches et de meneaux
D’ogives et de vantaux cloutés
J’ai élevé de hautes toitures et des tours
Couvertes d’ardoises et de tuiles douces


Et puis sur les places pavées de granit
J’ai installé les marchandes et les marchands
























J’ai installé la poésie au milieu de la ville
Et tout est “plume sur la langue”























Les châtaignes et les noix
Les tomates et les choux
Pommes poires du pays
Conserves de foie gras
Saucisson de canard
Magrets et cous farcis
Confits cassoulets
Les raisins noirs blancs dorés
Et les figues Ah! les figues !

J’ai servi le vin bourru à nul autre pareil
Le Bergerac et le Pécharmant
Les rouges et les blancs























Et puis je suis entré dans la cathédrale
Les grandes orgues y jouaient
Elles disaient bien que j’étais le Roi
Le Roi
Mais quand les orgues se sont tues
Un homme noir a joué de la khôra
J’étais le roi du monde !

On baptisait trois nouveaux-nés avec de l’eau sur le front
Et les vitraux flambaient



Je dis ocre jaune
Terre de Sienne brûlée
Et pas brûlée
Carmin
Écarlate
Magenta
Rubis et vermillon

Je dis roux
Roux surtout
Rousses les fougères
Rousses
Et je dis bleu bleu azur bleu
























Et j’ai lancé des ponts
Sous leurs arches on voyait des coupoles et des tours
Des eaux coulaient que l’on aurait voulu plus claires
Mais elles l’avaient été sans aucun doute
En des temps longtemps
Un moulin en témoigne
Des chevelures vertes s’y déploient tout de même
Et des yeux y brillent, clignotants
Des saules y pleurent le temps qui passe
Mais un merle était caché dans le feuillage
Mon Dieu qu’il était gai !


Alors je suis sorti de la cité par la venelle étroite
Les étoiles d’or sur les trottoirs
Avaient séché un peu
Les pas en avaient détaché des pépites

L’an prochain il y en aura encore
Allons, je marche dans la poussière d’or
Par ci par là une étoile couleur lie de vin
Et les arbres n’ont pas encore fini d’ôter leur robe
























Je sais que sous le sol à côté
Est une ville deux fois millénaire
Je sais
Je sais que partout je marche sur des os brisés.

        
“Ne pleure pas Jeannet-ette
Tra la la la la la la la la
Ne pleure pas Jeannet-ette
Nous te marillerons
Nous te marillerons ...”

                  



                 

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