dimanche 12 juin 2016

LE MOULIN TOURNE-T-IL ENCORE ?









Le moulin 

tourne-t-il encore ?
















             La seule fois où je revins au château, à l'aube, quand je m'éveillai dans mon fossé au bord de la route, me redressant, je m'aperçus que je me trouvais au pied de la butte du moulin. Son nom m'échappe et j'enrage de ne pas pouvoir le retrouver. Il appartenait à Monsieur le Marquis. On y pressait les olives.

          Je ne saurais lui attribuer un âge : Il surgissait du fond des temps. Odeur des fruits écrasés par la meule verticale et qui tournait ... Parfum un peu acide. Fruits écrasés et réduits en pâte violette. Les ouvriers la tassaient dans des couffins en forme de couronnes qu'ils entassaient sur le pressoir. On entendait grincer la roue à aubes, dans le cours du ruisseau. Les axes en bois d'olivier sans âge tournaient, luisants, forts, indestructibles. L'huile vierge coulait. Mille parfums ! Nous étions sortis de la durée, sortis du temps ! Le moulin existe-t-il encore ? Le moulin tourne-t-il encore ?














           Quarante-cinq ans ont passé. Les feuilles des oliviers sont toujours argentées sur une face, vertes sur l'autre. Le vent les agite. La terre est rouge toujours. Passent les années, se transmettent les noms, perdurent les vignes et les arbres. Y a-t-il des perdrix encore, aux pentes du Thoronet ? Rappellent-elles leurs pouillards ? Le faucon crécerelle décrit-il encore des cercles au-dessus des ravins et siffle-t-il encore ?


















                
À droite, du collège, juste à le toucher, il y avait une fabrique de tomettes. L'argile rouge, malaxée,broyée, diluée, reposait dans de grands bassins. Elle y prenait consistance, se ressuyant au soleil. Qui dira la douceur de l'argile rouge quand la main se referme ? Comme il se doit, les tomettes étaient hexagonales, cuites, lisses, mates, elles étaient empilées et rangées avant l'expédition. Splendeur de l'humble tomette, fruit du travail des hommes ! Terre devenue autre chose que de la terre, et cela, depuis la nuit des temps ! Les tomettes, les couffins de paille tressée dans lesquels on pressait les olives, les 
bassins, les oliviers millénaires ... Hors du temps, comme les tours du château, comme les murs de la « Grande Bastide » . Pourquoi faut-il qu'à présent, ces repères soient pour moi perdus ?





                                     Jaz - huile sur toile.

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