mardi 28 mars 2017

LA GRAND'VERGUE EST EN IVOIRE ...



La grand’vergue est  en ivoire
Les poulies en diamants

 La misaine est en dentelle
La grand’voile en satin blanc …


Je pensais en effet que, si nous venions à chavirer, ceux qui savaient nager parviendraient peut-être à redresser l'embarcation et à poursuivre le voyage ... J'avais vu faire des pêcheurs de mon pays, dans des cas semblables : Ils guettent une grosse vague ... Au moment où elle déferle, elle imprime une secousse au bateau, ce qui chasse une partie de l'eau qu'il contient...
Ils se précipitent de l'autre bord, opèrent un mouvement de bascule qui permet de vider le reste ...







_" Cette nuit fut encore plus angoissante que la précédente. Seul Dominique, le Maître d'équipage, avait le précieux talent nécessaire pour barrer en attaquant les lames au bon endroit. Mais, vers minuit, il vint une vague si rapide, si inattendue, qu'elle le fit choir au fond de la chaloupe et qu'elle nous inonda ... Ce ne fut qu'un même cri, terrifié ... Avec beaucoup de mal, dominant de la voix le tumulte , je réussis à faire reprendre la barre par le Maître d'équipage et à faire écoper l'eau par les autres. La situation empirait d'instant en instant : Les jointures du bateau avaient été ouvertes en plusieurs endroits sous les coups de boutoir de la mer. Nous avions en permanence six pouces d'eau au-dessus du plancher, quoi que nous fassions pour écoper ... La panique fut portée à son comble : L'éventualité d'un sacrifice humain fut à nouveau mise sur le tapis ... Cette horrible proposition fut repoussée. À l'aube, chacun rendit grâce à l'Eternel.










_"  Vers midi, une nouvelle observation nous situa par 2°59 de latitude sud. La même ration que la veille fut distribuée. Au milieu du jour, le temps s'était mis au beau, mais, malheureusement, les vents s'étaient mis à nous pousser vers le Sud ... Avec des vents pareils ...
( Et il était à craindre qu'ils ne perdurent) ... Nous n'avions plus aucune chance d'atteindre les Seychelles. Tout le monde se repentit alors de ne pas avoir suivi mes conseils lorsque j'avais proposé de mettre le cap sur les Maldives ... La côte d'Afrique, elle, se trouvait à une telle distance que l'idée de l'atteindre ne nous vint même pas à l'esprit ... Je fis maintenir le cap à l'Ouest.









_" À huit heures du soir, il tomba un grain.
 Nous abattîmes les voiles, les détachâmes de leurs vergues, puis nous les étendîmes sur le pont pour recevoir la pluie ... Ce que nous avions recueilli représentait à peu près la valeur de quatre bouteilles. Nous versâmes précautionneusement cette eau dans le pot.










_" Quant à nous, Monsieur ... C'était vraiment une grande pitié que de nous voir aspirer de tous nos pores cette humidité, ouvrir la bouche pour y recevoir quelques gouttes, et lécher nos vêtements avec avidité ...
Ah ! Notre sort était bien affreux et notre soif était bien grande !









_" Le cinq août, à cinq heures du matin, le vent cessa de souffler, aussitôt, nous couchâmes les mâts que nous avions remis en place la veille au soir. Nous nous mîmes aux avirons, mettant le cap au sud pour monter en latitude. Je fus parmi les premiers à prendre les avirons, avec le Second et quelques passagers. Ensuite, à tour de rôle, chacun se mit à ramer de bonne grâce. Un passager, un seul, refusa de ramer, prétendant ne pas savoir s'y prendre parce qu'il ne l'avait jamais fait ... Je lui demandai de se placer auprès d'un rameur et, au moins, d'essayer de l'aider ... Il refusa de nouveau ... Je lui dis résolument que, puisqu'il ne voulait pas nous aider, il nous était impossible de garder parmi nous une personne aussi inutile qu'embarrassante ... Je le menaçai de le faire jeter à l'eau ... À l'instant, il saisit un aviron, et s'en débrouilla aussi bien que les autres !









_" Notre observation de midi nous donnait une augmentation de quatre milles en latitude. Monsieur Lesage procéda à la distribution d'eau ... Chacun en reçut un boujaron. On tua deux moutons, dont le sang fut recueilli dans un pot que vidèrent avec avidité plusieurs personnes. La chair fut partagée de façon équitable. On la mangea crue.





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