lundi 30 janvier 2017

LE CONGO BRAZZAVILLE ...


              *

                                        BRAZZAVILLE








Mais qu’est-ce que je suis allé faire là-bas ?

… Un vieux chimpanzé derrière des barreaux. Le gardien du zoo lui fait fumer la cigarette. Un hôtel tout en béton qui s’appelle l’hôtel Cosmos : Il a été construit par les Soviétiques et son architecture est tout à fait moscovite. Tout à côté le fleuve Congo qui s’élargit, tranquille. Il est absolument couvert par les jacinthes d’eau – Myriades de fleurs d’un bleu violet. Vu de l’autre rive, le fleuve s’appelle Zaïre et le pays voisin aussi.









On dit …On dit… On parle de Révolution … On parle de chasse à l’homme.

- « Ne vous en mêlez pas, vous n’avez rien vu, rien entendu ! ».


Les chars d’assaut dans les rues … Mitraillettes dans les mains des gamins cachés au creux des fossés … Le fleuve Congo, un peu plus au Nord, a des méandres et des rapides : - « Ce n’est pas par ici qu’ils traverseront – Les courants sont trop forts, il y a trop de rochers. Nuages lourds d’orage.

«  Ne vous en mêlez pas, vous n’avez rien vu, rien entendu. »







Mon coiffeur va d’un immeuble à l’autre, d’une case à l’autre. Il ne sait pas lire. Il me demande, après avoir achevé la coupe, de lui lire dans son carnet l’adresse du client suivant. Il me demande aussi de noter notre prochain rendez-vous. Il rit beaucoup, quand il vient chez moi :

-«  Nous manquions de place pour construire des maisons. Les blancs
sont venus. Ils ont construit des immeubles, c’est-à-dire qu’ils ont empilé les maisons les unes par-dessus les autres ! »

J’habite, avec ma famille, au cinquième étage d’un immeuble tout neuf. On l’appelle « les trente-deux logements italiens ». Comme son nom l’indique,sa construction a été financée par nos voisins transalpins. L’immeuble est très bien conçu, mais les vide-ordures dont il est équipé sont bouchés en permanence par les boîtes de conserve et les bouteilles cassées qu’on y balance. La plupart des appartements sont occupés par des Russes : Ils font la fête tous les soirs et les paliers, au matin, sont ornés de rangées de bouteilles de vodka … Vides ! Tous les soirs, à la tombée de la nuit, un « gardien » vient s’installer au bas de chaque escalier : Chaque gardien est armé d’une lance magnifique ! Nous n’avons jamais été victimes de pillards ou de qui que ce soit.







Les bureaux dans lesquels je suis censé travailler sont installés dans les locaux de l’ancien hôpital colonial. J’ai rarement vu quelqu’un s’y installer pour se mettre au travail.

-      « Vous ne savez rien. Vous n’avez rien vu , rien entendu… »

Le nouvel hôpital est un gros bloc de béton à plusieurs étages. Il paraît que les ascenseurs ne fonctionnent plus. Il paraît aussi qu’il manque des marches dans les escaliers. Ne vous promenez pas trop près : Vous risqueriez de recevoir sur la tête une bouteille vide ou je ne sais quel détritus … On jette tout par les fenêtres.

Le dimanche matin, un avion vrombit pendant de longues minutes : Il grimpe, grimpe en spirales serrées. Il atteint son plafond et lâche un bouquet de parachutes de couleurs vives. Les parachutes, rectangulaires puisqu’il s’agit d’engins de compétition, dodelinent, glissent, virevoltent, s’entrecroisent et planent longuement. Ah ! Si seulement l’avion porteur ne faisait pas tant de bruit !

Le soir, et particulièrement le samedi soir, il faut se mettre des boules Quiès dans les oreilles si l’on veut avoir une chance de dormir : Les adhérents d’une secte évangélique, que l’on appelle, si mes souvenirs sont bons, les « kimbanguistes » tournent en rond au pied de l’immeuble, chantant et dansant au son du tam-tam … Et cela dure toute la nuit ! Dans la journée, les guimbardes et les camions font un raffut de tous les diables, en roulant sur les pneus ou sur les jantes si les pneus ont éclaté. La route est large, à cet endroit et toute droite : Elle mène à l’aéroport de Maïa-Maïa et elle est très fréquentée. Pour votre compte, si vous roulez en voiture, sachez qu’en cas d’accident, il nous est recommandé de ne pas nous arrêter : Se rendre au poste de police le plus voisin … Sans quoi, nous a-t-on dit : « Vous risquez d’être lapidé ».







À savoir aussi : «  Si un policier vous arrête et prétend verbaliser … Ne discutez pas : Un bakchich arrange beaucoup mieux les choses ! De même, il faut savoir que les Chinois ont créé des fermes aux alentours de la ville. On peut y aller pour acheter ses légumes … Mais au retour, vous serez probablement arrêté plusieurs fois sur la route par des barrages installés par la milice … Ne discutez pas : Donnez leur quelques salades ou quelques carottes, ou bien … un chou chinois ! … Évidemment, vous risquez beaucoup de n’avoir plus que des paniers vides en arrivant chez vous … Mais vous pouvez tout de même tenter la chance. On ne sait jamais !


Les Chinois … On en rencontre souvent en ville. Ils se  promènent toujours trois par trois : Deux pour servir de témoins au troisième en cas de besoin !

Vous pouvez aussi aller faire vos courses au marché. Il y a deux marchés à Brazzaville : L’un à Poto-Poto, l’autre à Bacongo -  on vous a recommandé de ne pas y aller ? – Pourquoi ? – À cause de la foule et de la promiscuité ? – À cause des risques de mauvaises rencontres ? À cause de la boue dans laquelle on patauge lorsqu’il pleut ou de la poussière qui vole aux jours de sècheresse et se dépose sur les étals ?  Nombreux étals, très colorés : boubous bariolés, sans doute ornés du portrait imprimé de « Monsieur le Président ». Les tréteaux vous proposent d’étranges choses : Petits tas de macaronis … Quatre ou cinq macaronis dans chaque tas. Quelques poissons venant de Pointe-Noire ou du fleuve … – Un léger cri s’échappe de la bouche d’une européenne qui flânait : Des petits singes écorchés sont pendus à des crochets de boucherie, séchés et fumés. On les prendrait pour des fœtus humains  … Pauvre marché … Aussi pauvre que les magasins d’état … Le pays est dirigé par un gouvernement « socialiste scientifique ».

L’équipe nationale de foot-ball est entraînée par un Français. À  la veille de chaque match, il emmène ses joueurs dans la brousse pour chercher et examiner les déjections des grands singes : Il paraît qu’on peut y lire les pronostiques … Par ailleurs, il n’y a qu’à regarder, sur le terrain de foot, de quel côté sont perchées les aigrettes garzettes : Le lieu où elles sont rassemblées indique de quel côté se trouvera l’équipe gagnante, à l’issue du tirage au sort !







La cathédrale est tout à fait remarquable, pleine de lumière. Il y a encore à Brazzaville quelques bonnes sœurs : Les couloirs de leur couvent sentent la cire.

On ne sort guère de la ville : Les alentours ne sont pas sûrs. Cependant, quelques familles ont loué « une rivière », c’est à dire un coin de terrain au bord de l’eau : Ils y sont chez eux le dimanche, pour faire jouer les enfants.

Sur la place du quartier dénommé « le Plateau », il y a un marché plus européanisé que ceux de Poto-Poto et de Bacongo, mais il n’est  guère mieux approvisionné. On trouve là des marchands à la sauvette : Ils vendent des ivoires qu’ils dissimulent sous leurs vêtements. Certains objets sont de grande qualité. Des échoppes proposent aussi des bois sculptés : Chaises, plats, statues … Beaucoup de bustes témoignant d’un grand artt.








D’autres marchands viennent jusque chez vous. Ils sonnent à votre porte et vous proposent, tirés de je ne sais où, des malachites et des azurites, venues « d’en face ». Soyez discret si vous leur achetez  quelque chose : Ils risquent la prison pour avoir traversé le fleuve !
-      «  Mais qu’est-ce que je suis donc venu faire là ? – Mon Dieu, qu’est-ce que je suis donc venu faire là ? »

Des baobabs, énormes, des pirogues, rustiques, des baraques en tôles et en bois … Le buste du Général ….
Quel général ? – De Gaulle, bien sûr : Il avait fait de Brazzaville la capitale de la  France Libre .
Ah bien oui ! … Quatorze juillet 1971 : Cocktail à la « case De Gaulle » … Longues tables dans les jardins, longues tables garnies de rondelles de saucisson, de salades diverses et de boissons … Il y avait même des langoustes !
Drapeaux et musique … Avez-vous vu cette invitée qui s’est fait piquer au moment où elle glissait sa quatrième langouste dans son cabas ?






-      «  Mon Dieu, qu’est-ce que je faisais là ? »

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire