mardi 13 octobre 2015

OLÉRONNADES












OLERONNADES ...





OLERONNADES,

de Michel Savatier

Réflexions sur une île en perte d’identité.














Michel Savatier est-il un auteur sérieux ?  On est parfois tenté
De s’interroger à ce sujet. Il est vrai qu’il vit une partie du temps dans le Midi. Ce qui explique peut-être que ses Oleronnades riment souvent avec galéjades. On ne s’en plaint pas, d’ailleurs.

Dans l’oeillet d’oleron et le lys du japon, il évoquait ses ancêtres herborisant sur les dunes. Quand oleron était une île raconte surtout ses souvenirs d’enfance, avec, pour jeu préféré, la pêche, toutes les pêches, y compris celles dans les fameuses écluses à poisson. Il nous décrivait aussi un grand-oncle se rasant avec un coupe-chou. C’était attendrissant.

L’enfance est encore présente dans Oleronnades. En partie seulement. Refusant de se cantonner dans un seul genre, chapitre après chapitre, notre narrateur sautille d’un registre à l’autre, passant du conte à la sottie (mot ancien qui vient de sot), de la fantaisie historique délirante ( un genre qu’il pourrait bien avoir inventé) au récit dramatique qui donne des frissons. Comme il est en même temps visionnaire et naturellement poète, on le suit, charmés, mais tout de même secoués et ballottés comme sur ces voiliers de jadis sur lesquels il nous emmène savourer les tempêtes du Cap Horn (grand voyageur, il adore le Cap Horn). Il met aussi en scène l’abbé Pierre-Marie Kieffer au temps où il était curé de Saint-Pierre. On doit à l’abbé Kieffer la création du musée Aliénor d’Aquitaine qui est devenu le Musée de l’île d’Oléron.

On le trouve ensuite sur les plages de l’île, contemplant l’infini en solitaire et humant le vent du large. Il y ramasse des os de seiche qui ont rétréci, et constate (comme c’est bizarre !) que certaines espèces ont disparu. Romantique, il joue avec les mouettes et les goélands (lui, au moins, fait la différence !) et, avant d’offrir un bouquet de roses à sa bien-aimée, s’émerveille longuement de la cétoine dorée posée sur l’une d’elles.

Ne nous y trompons pas pourtant ! Michel Savatier n’est pas toujours le doux rêveur inoffensif que l’on pourrait croire. Il est juste assez sérieux pour signaler en passant les dangers qui guettent son île, comme la création d’un complexe balnéaire de béton auquel elle a échappé de justesse. Sans cesser de badiner, il souligne une certaine perte d’identité qui serait due, entre autres, à la prolifération de résidences secondaires sans caractère et autres 
« terrains de loisir ». Mine de rien, il informe le monde que le tiers des terres de l’île est en dessous du niveau de la mer, et que l’océan qui ronge la côte pourrait aussi prendre ses aises de ce côté-là. Il y aurait peut-être quelques précautions à prendre pour tenter de l’éviter.

« À bon entendeur, salut ! », nous dit cet amoureux d’Oléron.

                                                            M.P.

        La Plume des Fadets  (Juin 2015)
       (Reproduit avec l’autorisation de l’auteur)

     

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